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« Un carnet taché de vin » de Charles Bukowski, l’éternel retour du vieux dégueulasse.

« Un carnet taché de vin » de Charles Bukowski, l’éternel retour du vieux dégueulasse.

01 mai 2015 | PAR Le Barbu

« J’avais tout de l’étron qui attire les mouches plutôt que de la fleur qui fait venir les papillons et les abeilles ». Recueil de nouvelles et de chroniques inédites de Charles Bukowski, Un carnet taché de vin révèle à la fois la variété et la qualité de l’œuvre de l’écrivain américain. Sortis d’archives et de journaux d’époque, ces textes courts, qui recouvrent une période de 1944 à 1990, nous permettent de découvrir ou redécouvrir l’écrivain en devenir. L’ensemble de son œuvre est réunie en trois volumes de la collection Bibliothèque Grasset (Contes et nouvelles, 2003 ; Romans, 2005 ; Mémoires et poèmes, 2007), à l’exception de Le retour du vieux dégueulasse (Grasset, 2014), et d’Un carnet taché de vin (Grasset, 2015)

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Les deux premières histoires du recueil témoignent de la double orientation stylistique qui marquera toute sa carrière de prosateur – « Contrecoup d’une lettre de refus plus longue qu’à l’ordinaire » (1944) trace le portrait imaginaire d’un jeune artiste épris d’idéal, un rebelle doublé d’un amuseur tandis que dans « 20 chars de plus, et Kasseldown tombait » (1946), il change de ton et donne dans la noirceur absolue. Bukowski confronte son personnage de prisonnier à une désespérante solitude spirituelle, comme s’il écrivait lui aussi du fond du souterrain, piégé dans une cellule trop petite pour un homme de sa carrure, mais qui s’en sort grâce à son sens de l’humour et à son goût de l’autodérision.
Dans sa dernière méditation sur l’écriture, « Les Bases », 1991, Bukowski apure les comptes et tire la leçon : « Plus mes phrases se rapprocheraient de la concision et du naturel, moins j’aurais de chances de me tromper et de tricher… Les mots étaient des balles, des rayons de soleil, ils n’avaient d’autre but que de contrarier le destin et mettre un terme à la damnation. »

Le style est comme à son habitude, direct et « coloré », sans détours, ne cherchant pas à préserver les âmes sensibles. Ces courtes histoires hésitent entre brutalité et tendresse et dépeignent avec rage et férocité une société américaine merdique, absurde et dégueulasse. Bukowski nous offre, dans ce recueil, une critique acerbe et lucide de notre monde contemporain où l’homme oublie dans ses rêveries utopiques qu’il a constamment les pieds dans la merde…

La littérature ne pourra jamais obtenir de la vie plus qu’elle nous offre sur le moment. Vouloir tenter de lui en arracher davantage ne fera qu’épouvanter votre âme, et paralyser votre inventivité.

 

Charles Bukowski, Un carnet taché de vin, Traduit de l’américain par Alexandre et Gérard Guéguan, Grasset, 464 p. – 22 €, mars 2015

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Le Barbu
Le Barbu voit le jour à Avignon. Après une formation d'historien-épigraphiste il devient professeur d'histoire-géogaphie. Parallèlement il professionnalise sa passion pour la musique. Il est dj-producteur-organisateur et résident permanent du Batofar et de l'Alimentation Générale. Issu de la culture "Block Party Afro Américaine", Le Barbu, sous le pseudo de Mosca Verde, a retourné les dancefloors de nombreuses salles parisiennes, ainsi qu'en France et en Europe. Il est un des spécialistes français du Moombahton et de Globalbass. Actuellement il travaille sur un projet rock-folk avec sa compagne, et poursuit quelques travaux d'écriture. Il a rejoint la rédaction de TLC à l'automne 2012 en tant que chroniqueur musique-société-littérature.

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