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Andréï Makine, « L’ami arménien »

Andréï Makine, « L’ami arménien »

13 janvier 2021 | PAR Jean-Marie Chamouard

Andréï Makine est un écrivain français d’origine russe. Il a reçu en 1995 le prix Goncourt pour Le testament français. L’ami arménien relate une magnifique amitié entre deux adolescents vivants en Sibérie et évoque l’histoire tragique des peuples arméniens et russes.

Le narrateur, âgé de treize ans, vit dans un orphelinat en Sibérie dans les années soixante-dix. Il se lie d’amitié avec Vardan, un adolescent arménien dont il devient le protecteur. Vardan est différent, étrange, rejeté. Il est atteint d’un mal mystérieux, « la maladie arménienne ». Son intelligence n’a d’égale que son courage. Le narrateur va découvrir sa famille : Chamiran sa mère qui l’accueille avec considération, la belle Gulizar et Sarven le patriarche. Sous son horloge solaire Sarven écoute les estropiés de la grande guerre qui « viennent dégeler leur âme » Ils vivent « au bout du diable » dans un quartier pauvre de la ville près des remparts de la prison. Ils sont là pour rendre visite et soutenir leurs proches, prisonniers politiques arméniens. Ils ont reconstitués un petit « royaume arménien » pauvre mais chaleureux. Le narrateur découvre comme dans un rêve l’Arménie lointaine, comme si le mont Ararat émergeait des brumes. Il est saisit par le passé de cette petite république soviétique, par sa grandeur ancienne et par le drame du génocide arménien. Celui-ci est symbolisé par les photographies de famille prises en 1913 que Vardan regarde douloureusement, les photographies de deux familles massacrées et déportées. Mais la parenthèse arménienne sera courte. Une parenthèse lumineuse et tragique, inoubliable.

Andréï Makine a écrit un magnifique roman, tendre et sensible sur l’amitié entre deux adolescents. L’écriture en est ciselée, limpide, poétique souvent. Cette amitié illumine la vie du narrateur, grâce à Vardan les gestes du quotidien prennent sens. La douceur des relations humaines dans le petit royaume Arménien contraste avec la rudesse et la violence de la Sibérie soviétique. Le contexte historique soviétique et surtout arménien imprègne par touches successives le roman. L’Arménie lointaine acquiert une dimension onirique, poétique et tragique. Ce livre est aussi un conte philosophique. Le narrateur apprend de son ami, le rejet de la violence, la solidarité mais aussi à « sortir du cercle de la pensée imposée ». C’est un roman initiatique : « Vardan m’a appris à être celui que je n’étais pas ». Cette première phrase du livre éclaire tout le récit.
Le lecteur sera ému, par cette amitié si profonde et pure entre deux adolescents et par le témoignage qu’apporte ce roman sur le destin tragique du peuple arménien.

Andréï Makine, L’ami arménien, Grasset, 214 pages, 18 euros, sortie le 07/01/2021.

visuel : couverture du livre

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