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Sous la plume. Petite exploration du pouvoir politique, par Marie de Gandt

18 mars 2013 | PAR Jean-Paul Fourmont

Marie de Gandt, enseignante en littérature à l’Université de Bordeaux III, fait part de son expérience de plume de la république dans un essai, dernièrement paru chez Robert Laffont.

UNE TRANCHE DE VIE
Marie de Gandt vient d’une famille de gauche, d’Ivry-sur-Seine, dans la banlieue sud de Paris. Elle a fait Normale Sup’, où elle a rencontré Laurent Wauquiez, qui deviendra ministre de Nicolas Sarkozy.

UNE AMITIE VACHARDE A NORMALE SUP’
L’auteure fait découvrir l’ambiance de Normale sup’, « où chacun essayait de coincer l’autre » par « un puéril antagonisme ». L’« amitié [y était on ne peut plus] vacharde », chacun ayant « l’envie terrifiante d’écraser » les autres.
C’est toutefois Laurent Wauquiez qui la recommandera à la droite. En parallèle de ses missions de « plume de la république » notamment au service de Nicolas Sarkozy, elle poursuit son activité d’enseignante universitaire.

LE MINISTRE HALETANT ET TOUT ROUGE
Marie de Gandt commence son activité de plume chez Dominique Bussereau, lequel était alors secrétaire d’Etat aux transports. Elle rapporte qu’un soir, à cette époque, elle  entend un bruit et elle découvre « le ministre haletant et tout rouge », qui porte à la main un petit arrosoir doré et arrose amoureusement ses plantes. Elle décrit également l’épouse du ministre « l’empêcher de se resservir un croissant ».

Dominique Bussereau a traversé toutes les époques politiques, est-ce malgré son absence d’épine dorsale ou bien grâce à elle ? Telle est l’interrogation de l’auteure…

XAVIER BERTRAND MECONNAIT LES FORMES ET MEPRISE LES USAGES
Marie de Gandt finit par quitter Dominique Bussereau, qui refuse de la recevoir pour lui dire au revoir, pour Xavier Bertrand. Selon l’ancienne plume de la droite, Xavier Bertrand se méfie des intellectuels et préfère les communicants. L’ancien ministre méconnait les formes et méprise les usages.

GALERIE DE PORTRAITS
Marie de Gandt décrit la personnalité de deux femmes secrétaires d’Etat, Valérie Létard, la protégée de Jean-Louis Borloo, et Nadine Morano.

Valérie Létard se trouve être « une remarquable idéaliste, aussi malhabile que bien intentionnée, agissant avec la désolante maladresse des âmes pures, qui ne parviennent jamais à changer le monde ». Il lui est vulgaire de parler d’argent.

L’autre, Nadine Morano, semble « sans finesse et sans idée, mais d’un instinct inégalé, et alerte toutes les rédactions, dès qu’elle fait un discours ».

LES DEFAUTS DU MINISTRE DE LA GUERRE
Ensuite, Marie de Gandt passe plume chez l’ancien ministre des armées, le haut-normand élu à Pont-Audemer. Pour la « plume de la république », ce ministre a de nombreux défauts : au lieu d’une plume, il lui faudrait d’abord « un maître de rhétorique à l’ancienne », qui lui prodigue quelques séances de cailloux dans la bouche. Elle affirme qu’Hervé Morin « parle mal et lit plus mal encore ». S’il improvise souvent, il ne retomberait jamais sur ses pieds.

PLUME CHEZ PR POUR LES PETITES DÉCORATIONS
Elle devient plume de Nicolas de Sarkozy, ou PR. En effet, comme on l’apprend dans cet essai, Henri Guaino n’écrit que les grands discours. Ainsi, pour les petites décorations, il faut une autre plume.au PR, qui prononce Roland Barthez au lieu de Roland Barthes.

LA DÉCOUVERTE DU MONDE POLITIQUE
Marie de Gandt fait part de son expérience de plume auprès de plusieurs ministres. Ainsi, elle donne à découvrir le cheminement de la parole des « puissants » et le rituel qui va nécessairement avec. Elle jette la lumière sur le microcosme du petit monde des conseillers politiques, où les bassesses sont monnaie courante.

Par contre, elle parait esquiver, ce qui est regrettable, le débat entre la communication et le fond ou le contenu. Son entrée en fonction, indépendamment de son talent qui est grand, illustre la puissance de certains corps, ici Normale Sup’, par l’intermédiaire de Laurent Wauquiez (Normale Sup’ et ENA). Comme l’auteure décrit l’ambiance régnant à Normale Sup’, elle aurait pu, par la même occasion, aller plus loin dans le récit des relations existant entre les grands corps de l’Etat et le monde politique.

Une bonne lecture, à méditer !

Marie de Gandt, Sous la plume. Petite exploration du pouvoir politique, éditions Robert Laffont, 285 p., 19 euros.

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Jean-Paul Fourmont
Jean-Paul Fourmont est avocat (DEA de droit des affaires). Il se passionne pour la culture, les livres, les gens et l'humanité. Contact : [email protected]

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