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Roman : The Anomalies, de Joey Goebel

04 mars 2009 | PAR Yaël Hirsch

Après « Torturez l’artiste », les éditions Héloïse d’Ormesson publient un deuxième roman du jeune et décalé auteur américain Joey Goebel. « The Anomalies » est l’histoire locale d’un groupe de rock pas comme les autres.

 the-anomaliesIls sont cinq amis très éprouvés par le conformisme des habitants de leur petite ville du Kentucky. Passé 80 ans, Opal refuse d’abandonner une vie sexuelle bien remplie. Officiellement, elle garde la jeune Ember, qui trouve que ses parents et ses profs sont des gros cons, bien avant l’adolescence. Jeune-fille en fleur et fille de pasteur un peu trop belle, Aurora décide de circuler en fauteuil roulant et de se faire gothique pour éviter les regards trop lubriques des hommes. Venu aux Etats-Unis pour retrouver l’américain qu’il a blessé lors de la guerre d’Irak et lui faire des excuses, Ray a l’air gay, mais se trouve être un bon père de famille musulman. Enfin, Luster, afro-américain brillant et associal est l’âme vivante de ce petite groupe d’orignaux qui décident de monter leur groupe de rock pour faire du bon son. Mais où peuvent-ils bien répéter ?

Enlevé, sympathique, et politiquement incorrect, « The Anomalies » ferait un bon script pour un film primé au festival de sundance. Joey Goebel décrit une petite troupe de marginaux qui parlent chacun à leur tour, donnant divers angles sur une même scène de leur quotidien. Et l’on s’attache à eux, un à un. En filigrane, on peut trouver dans le microcosme de ce roman les Etats-Unis en entier, avec leur ennui, leur conformité, leur matérialisme mais aussi leur incroyable créativité linguistique, musicale et humaine.

Joey Goebel, « The Anomalies », eho, Trad. Samuel Sfez, 219 p, 19 euros

Opal :  Ils nous font asseoir en un grand cercle joyeux, comme des gamins à la maternelle. Certains d’entre nous sont en fauteuil roulant. D’autres sont reliés à des machines. D’autres ont des petits-enfants qui ne leur ont pas rendu visite depuis deux ans malgré les chèques qu’ils leur envoient. Mais pas moi. Et je ne suis pas aussi mal fringuée qu’eux. Quand les gens deviennent vieux, on dirait qu’ils perdent toute notion de la mode. Leurs vêtements sont tellement banals que je ne sais pas si je suis trop bien ou trop mal habillée. Le thérapeute de groupe pédé fait l’appel sans mentionner qu’un d’entre nous est mort depuis la dernière séance. Puis il sort une liasse de feuilles et dit : ‘prenez-en une et faites passer, comme à chaque fois’. -Ok, le groupe. Pour commencer, ce polycopié vous donne une liste des symptômes de la dépression, zozote-t-il. Pendant que je vous le lis, j’aimerais que vous vous demandiez si vous y avez déjà été confronté, ok ? – Vas-y, balance, je dis » p. 53

Yaël Hirsch

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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