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Salt River de James Sallis, quand l’auteur de Drive nous livre un roman magistral.

Salt River de James Sallis, quand l’auteur de Drive nous livre un roman magistral.

24 novembre 2013 | PAR Le Barbu

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« On se prend la vérité dans la figure comme un homme qui essaie de boire à une bouche d’incendie ». James Sallis nous revient en format poche dans la collection Folio Policier avec un roman d’une rare lucidité. Plus connu pour être l’auteur de Drive, porté au cinéma en 2011 par Nicolas Winding Refn, James Sallis est aussi poète, traducteur, essayiste, et auteur de nouvelles. Salt River est le dernier volume d’une trilogie qui met en scène John Turner, shérif adjoint d’une petite ville faussement tranquille du Tennessee qui est rattrapée par la violence.

Après son retour du Vietnam, quelques années en prison, et avoir ouvert son cabinet de psy, John Turner est désormais shérif adjoint d’une petite ville du Tennessee où il s’est réfugié pour essayer de faire la paix avec lui même, pour fuir ses démons. Il essaie d’appliquer les dernières paroles de Val, disparue il y a deux ans déjà : « Parfois, on n’a plus qu’à essayer de voir ce qu’on peut encore faire comme musique avec ce qu’il nous reste ». Mais la violence et le malheur ne se laissent pas oublier facilement, et Turner se retrouve aux prises avec trois enquêtes différentes : une voiture volée vient de défoncer la façade de l’hôtel de ville, son vieil ami Eldon vient lui demander son aide, un cadavre de femme est retrouvé dans une maison à l’abandon.

C’est vrai. On espère toujours mieux. Alors on remue ses précieuses petites fesses, on part chercher ce qui nous manque. Et puis, avant qu’on ait eu le temps de dire ouf, les bouts de bois dont on se servait pour faire tomber les fruits de l’arbre se sont transformés en épées, les épées en flingues, et voilà le résultat : pays, politiciens, télé, fringues de créateur…

Dans Salt River, James Sallis nous livre un court roman, sans prétentions, et d’une rare lucidité, qui se lit d’une traite, et indépendamment des deux autres volumes: Bois mort et Cripple Creek. Le texte est envoûtant, direct, et d’une grande efficacité. Bien que l’intrigue ne soit pas d’une grande originalité, ce roman sait vous tenir en haleine. Le contexte pourrait être ennuyeux. Qui ne se ferait pas chier dans une bourgade semi-rurale du Tennessee parfaite pour prendre sa retraite, trouver un peu de tranquillité. Mais dans les villes comme celle-là, dans ces villes qui se meurent, où il y a de moins en moins d’argent, où le boulot se fait de plus en plus rare, il n’est pas étonnant que pour briser l’ennui, et fuir les désillusions en tout genre, malheureusement vols, agressions et violences se multiplient. Mais même dans ce contexte les gens ne s’éloignent jamais trop de leur contrée natale. Pour eux le voyage, ou tout simplement partir, est une expédition. Alors on fait de nos vies de véritables métaphores. On s’imagine que le monde est plus profond, plus riche, alors qu’il est simplement plus abstrait. Et finalement, pour préserver nos vies, on se cramponnent à nos habitudes. Nous sommes peu nombreux à faire des choix dans la vie, à avoir ne serait-ce que la possibilité d’en faire. Mais tant de choses sont préétablies ou dues au hasard…

De la même manière que ta vie est gâchée ici, dans ce petit coin du monde, elle l’est partout ailleurs…

Un roman magistral!

James Sallis, Salt River, Folio Policier, 176 pages, 6 euros, novembre 2013.

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Le Barbu
Le Barbu voit le jour à Avignon. Après une formation d'historien-épigraphiste il devient professeur d'histoire-géogaphie. Parallèlement il professionnalise sa passion pour la musique. Il est dj-producteur-organisateur et résident permanent du Batofar et de l'Alimentation Générale. Issu de la culture "Block Party Afro Américaine", Le Barbu, sous le pseudo de Mosca Verde, a retourné les dancefloors de nombreuses salles parisiennes, ainsi qu'en France et en Europe. Il est un des spécialistes français du Moombahton et de Globalbass. Actuellement il travaille sur un projet rock-folk avec sa compagne, et poursuit quelques travaux d'écriture. Il a rejoint la rédaction de TLC à l'automne 2012 en tant que chroniqueur musique-société-littérature.

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