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Moloch sur Arte : Polar réchauffé

Moloch sur Arte : Polar réchauffé

15 octobre 2020 | PAR Eliaz Ait Seddik

Malgré des ambitions évidentes, la nouvelle série d’Arte co-créée et réalisée par Arnaud Malherbe, peine à transcender les codes du polar dont elle cherche pourtant évidemment à s’échapper. 

Affiche Moloch

Au centre de toute la série, il y a cette image originelle saisissante. Celle d’un homme qui prend feu en plein centre commercial, sans raison apparente. C’est de cette image que va découler les enquêtes qui vont suivre, c’est celle-ci qui va continuer à hanter les spectateurs, comme un fragment subliminal, jusqu’à longtemps après son apparition, jusqu’à même après ses nombreuses répétitions. Mais peut-on bâtir une série de 6 épisodes, de plus de 5 heures au total, sur une idée visuelle aussi forte soit-elle ? Assez vite la flamme de la surprise vacille et on peut voir les rouages usités apparaitre. 

Les mêmes vieux rouages

Ainsi, derrière les tentatives évidentes de s’éloigner des sentiers battues, on retrouve finalement les mêmes archétypes que dans tout vieux bon polar, ou série policière. Arnaud Malherbe et sa coscénariste (ainsi que compagne) Marion Festraëts, troquent  le vieil inspecteur expérimenté au passé dramatique, par un psychanalyste ayant perdu son fils dans un mystérieux accident, Gabriel (Olivier Gourmet) et l’archétype du jeune inspecteur ambitieux qui lui sert d’acolyte par une journaliste débutante qui n’a pas froid aux yeux, Louise (Marine Vacth). Un duo tout en contrastes où chacun aura ses propres raisons pour mener l’enquête. Mais, en réalité, personne n’est dupe, derrière les atours un peu ajustés, c’est toujours le bon vieux même polar qui se déguise.  

Pourtant, les créateurs, en conférence de presse, revendiquaient d’avoir voulu, en premier lieu, créer une série fantastique. Il est vrai que cette dernière dimension est bien présente à travers la figure mystérieuse de Moloch, entité ou organisme portant le nom d’une divinité pré-chretienne de la justice vengeresse, à l’origine des combustions spontanés. Mais, si leur idée de mélanger différents genres est audacieuse et louable, à force de vouloir être trop de choses à la fois : récit fantastique, thriller, série sociale montrant les banlieues, etc… sans jamais exploiter à fond l’une de ces pistes, le projet retombe dans le solide et codifié filet de sûreté du polar. 

Les amateurs inconditionnels du genre y trouveront certainement leur plaisir, voire même plus. Mais, à une époque ou de plus en plus de projets sont immédiatement transférés à la case série, on peut légitimement se demander si Moloch n’aurait pas été un meilleur film d’1h30-2h qu’une série s’étalant sur 6 épisodes. Sa langueur pesante peut parfois relever du choix esthétique assumé, Arnaud Malherbe ayant lui-même affirmé vouloir se placer à contre-temps de la course à la vitesse des productions audiovisuelles actuelles, mais souvent, elle parait surtout un étirement narratif non-nécessaire du récit. 

Alchimie en eaux troubles 

Il serait tout de fois simpliste et injuste de réduire la série à la carcasse d’une production vue et revue, car ici-et-là des élans de vie subsistent, la flamme de l’image originelle survie en quelque sorte. 

Ainsi, visuellement, la série se forge sa propre identité. Celle de plans baignant dans un morose crépusculaire à la Fincher, ne rendant que d’autant plus fulgurant les flammes venant réduire les corps en poussière. Celle de visuels d’un espace composite où coexistent grandes étendues naturelles de sable et d’eau et complexes industriels. Les personnages y sont alors filmés comme des ilots de solitude, tour à tour les visages enfermés dans des plans rapprochés, les coupant du reste du monde, ou alors dans des cadres larges, les oppressant en soulignant le vide autour d’eux. 

C’est également pour l’interprétation de ces personnages que la série vaut tout de même le coup d’œil. Surtout, pour la troublante alchimie d’Olivier Gourmet et Marine Vacth, le duo principal. Aucun n’est aussi convaincant que dans ses scènes avec l’autre. Lors de la conférence de presse, Arnaud Malherbes a comparé leur tandem à celui de l’eau et du feu. Néanmoins, le feu étant surtout le symbole de leur « ennemi » commun, Moloch, nous lui substituerons plutôt deux métaphores aquatiques. Ainsi, le Gabriel de Gourmet est un long fleuve sinueux, impassible en apparence,  le ton maitrisé, mais retords par moments. La Louise de Vacth, par opposition, est la mer agitée des nuits de tempête, évoluant par vagues agressives face aux obstacles qui se dressent sur sa route, tout en démesure et coups d’éclats, mais restant pourtant toujours insondable. Mention spéciale également à Alice Verset, toute jeune actrice, qui interprète ici Stella, jeune patiente de Gabriel, inspirant tour à tour la compassion et l’inquiétude, le malaise, dans une performance particulièrement impressionnante pour son âge. 

Moloch 

6×55 minutes.

Ecrit par : Arnaud Malherbe et Marion Festraëts. 

Réalisé par : Arnaud Malherbe. 

Avec: Marine Vacth, Olivier Gourmet, Arnaud Valois, Alice Verset, Marc Zinga…

A partir du 15 octobre sur Arte TV.

 

Visuels : © Affiche Moloch

©CALT STUDIO-Sofie Silbermann-2019.

 

Agenda des vernissages de la semaine du 15 octobre
« Les Héritages » de Gabrielle Wittkop : Biographie d’une maison
Eliaz Ait Seddik

2 thoughts on “Moloch sur Arte : Polar réchauffé”

Commentaire(s)

  • Yann

    Avant de vous exprimer par écrit sur les codes du polar, d’une part il vaudrait mieux maîtriser ceux de l’orthographe et d’autre part, il serait bon d’étayer vos propos par un minimum de culture cinématographique, ou tout au moins télévisuelle. Les trois premiers épisodes de cette série m’ont entousiasmé car jusqu’à présent, je n’ai jamais assisté, dans le cadre des réalisations françaises, à une telle maîtrise à tous les niveaux. Un parti pris esthétique, certes, dieu merci, pour le plaisir des yeux, et là-dessus, ça nous change de la plupart des productions européennes ( excepté les anglais ) mais également une interprétation magistrale et une réalisation sans faille.
    Vous taxez le réalisateur de surexploitation d’une image forte et de ne pas allez au-delà, mais c’est un procès qui ne tient pas la route. Quand on en est à ce degré de réalisation, peu importe le sujet, ça se suffit à soi-même. N’avez-vous donc pas vu, en cultureux que vous prétendez être, Twin Peaks ? Eh bien voilà, Twin Peaks, c’est du vide, mais du vite qui tient en haleine des millions de spectateurs. Et ici, nous n’en sommes pas si loin, voire mieux.

    octobre 17, 2020 at 0 h 15 min
  • Yann

    Avant de vous exprimer par écrit sur les codes du polar, d’une part il vaudrait mieux maîtriser ceux de l’orthographe et d’autre part, il serait bon d’étayer vos propos par un minimum de culture cinématographique, ou tout au moins télévisuelle. Les trois premiers épisodes de cette série m’ont entousiasmé car jusqu’à présent, je n’ai jamais assisté, dans le cadre des réalisations françaises, à une telle maîtrise à tous les niveaux. Un parti pris esthétique, certes, dieu merci, pour le plaisir des yeux, et là-dessus, ça nous change de la plupart des productions européennes ( excepté les anglais ) mais également une interprétation magistrale et une réalisation sans faille.
    Vous taxez le réalisateur de surexploitation d’une image forte et de ne pas allez au-delà, mais c’est un procès qui ne tient pas la route. Quand on en est à ce degré de réalisation, peu importe le sujet, ça se suffit à soi-même. N’avez-vous donc pas vu, en cultureux que vous prétendez être, Twin Peaks ? Eh bien voilà, Twin Peaks, c’est du vide, mais du vide qui tient en haleine des millions de spectateurs. Et ici, nous n’en sommes pas si loin, voire mieux.

    octobre 17, 2020 at 0 h 17 min

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