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Les derniers jours de Jean Clair: vestiges d’une société perdue

Les derniers jours de Jean Clair: vestiges d’une société perdue

24 novembre 2013 | PAR Alice Dubois

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Historien d’art, en charge du musée Picasso jusqu’en 2005, académicien depuis 2008, conservateur du patrimoine, essayiste et écrivain, Jean Clair vient de publier son nouvel essai Les derniers jours, aux éditions Gallimard. Plongée dans les souvenirs d’une vie.

LesDerniersjours« Je pense qu’il arrive à un certain moment dans la vie, passé un anniversaire, où l’on se dit que si l’on ne consigne pas par écrit ce que l’on a vécu étant jeune ou moins jeune, ce sera perdu. »

Plus qu’un pamphlet sur le thème « c’était mieux avant ! », Les derniers jours est une brillante rétrospective de la vie d’un homme né au milieu du XXème siècle. En six grands chapitres thématiques comme « La langue maternelle », « Voir –représenter » ou encore « L’indicible », Jean clair pratique la douce nostalgie d’un monde traversé par de grandes mutations et aujourd’hui disparu. Un monde où la langue française était si bien connue, où les voyageurs rêvaient de traverser les frontières, où la beauté de l’art avait un sens…

Sorte de récit autobiographique, Les derniers jours nous ramène au coeur des souvenirs de l’auteur mais évoque aussi un ensemble de variations sur la vie, l’art, la mort, la société française. Souvent qualifié de « réac », notamment pour sa vision de l’art contemporain, l’auteur ne décevra pas ses détracteurs. Loin de partager cet avis, nous ne pouvons donner tort à Jean Clair lorsqu’il déplore la médiocrité d’une société qui ne cesse de tirer fièrement les individus vers le bas et qui, entre culture de masse et divertissement, laisse derrière elle une époque où la transmission des savoirs et l’érudition étaient gages d’évolution.

Les derniers jours, Jean Clair. Editions Gallimard-Collection Blanche. Parution : octobre 2013. 352p. Prix : 21€.

« Respecter sa langue, celle que l’on dit si bien maternelle, l’habiter comme on enfile un pull douillet, pour s’y sentir beau et bien, l’utiliser dans toutes ses nuances, pour décrire ce que l’on voit, ce que l’on pense, c’est accepter de faire partie du monde qui est le nôtre. »

«J’appartiens à un peuple disparu. À ma naissance, il constituait près de 60 % de la population française. Aujourd’hui, il n’en fait pas même 2 %. Il faudra bien un jour reconnaître que l’événement majeur du XXesiècle n’aura pas été l’arrivée du prolétariat, mais la disparition de la paysannerie.»

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Alice Dubois
Alice a suivi une formation d’historienne et obtenu sa maitrise d'histoire contemporaine à l'université d'Avignon. Parallèlement, elle est élève-comédienne au Conservatoire régional d'art dramatique de la ville. Elle renonce à son DESS de Management interculturel et médiation religieuse à l'IEP d'Aix en Provence et monte à Paris en 2004 pour fonder sa propre compagnie. Intermittente du spectacle, elle navigue entre ses activités de comédienne, ses travaux d'écriture personnels et ses chroniques culturelles pour différents webmagazines. Actuellement, elle travaille sur un projet rock-folk avec son compagnon. Elle rejoint la rédaction de TLC en septembre 2012. Elle écrit pour plusieurs rubriques mais essentiellement sur la Littérature.

One thought on “Les derniers jours de Jean Clair: vestiges d’une société perdue”

Commentaire(s)

  • Concernant l’ouvrage de Jean Clair, « Les derniers jours », globalement, j’ai eu la nette sensation de lire un bouquin écrit par un vieux réac, s’interrogeant sur notre monde devenu, se demandant si une telle vie de merde valait la peine d’être vécue. Mais, exprimé dans une langue châtiée parfaitement maîtrisée, voire désuète parfois, très cultivée, le moins qu’on puisse attendre d’un académicien me direz-vous. Je dois néanmoins être juste aussi, certains passages sur l’écriture, la vie rurale d’hier par exemple, m’ont beaucoup plu. Des critiques du monde moderne ont trouvé des échos avec mes propres constats, d’autres m’ont entrainé dans des chemins que je ne veux pas emprunter quand je raisonne objectivement mais que je sens (avec horreur) attendre leur heure au fond de mon esprit.

    juin 10, 2014 at 19 h 03 min

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