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Plumes suédoises pour polars nordiques

Plumes suédoises pour polars nordiques

04 septembre 2014 | PAR Audrey Chaix

Depuis le succès d’édition de la série Millenium (Actes Sud, 2006 pour le premier tome), l’engouement pour les romans policiers nordiques ne se dément pas. Henning Mankell, Jo Nesbo, Arnaldur Indridason, Camilla Läckberg, Lars Kepler et bien d’autres font ainsi concurrence aux maîtres du genre américains. Pour cette rentrée littéraire, Toute La Culture vous propose deux auteurs suédois : si Albin Michel édite le deuxième roman de Viveca Sten, Du Sang sur la Baltique, c’est un premier roman que sort Gallimard dans sa collection Série Noire, avec La Loi des Sames de Lars Pettersson. Deux romans policiers servis par deux ambiances, qui donnent à voir deux visages complètement différents de la Suède contemporaine.

Du Sang sur la Baltique, de Viveca Sten

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Comme dans son premier roman publié en France, La Reine de la Baltique (Albin Michel, 2013), Viveca Sten situe son intrigue sur la petite île de Sandhamn, au large de Stockholm, alors qu’un célèbre avocat d’affaires est assassiné au moment même du départ de la prestigieuse régate à laquelle il prenait part. L’enquêteur Thomas Andreasson, secondé par son amie Nora Linde, est mis sur l’affaire, qui l’emmène sur de trop nombreuses pistes : mari jaloux, amante abandonnée, mafia russe ou encore rivalité professionnelle ? Difficile de démêler ce sac de nœuds, alors que la presse se déchaîne.

Avec des chapitres très courts, qui permettent à l’auteur de passer rapidement d’un point de vue à un autre, Viveca Sten donne un rythme soutenu au roman tout en explorant les diverses facettes de l’affaire. Et parce qu’elle redonne vie aux personnages du roman précédent, notamment Thomas, l’enquêteur, et son amie Nora, elle permet d’intégrer une dimension plus intime qui poursuit les pistes mises en place dans La Reine de la Baltique. Cela donne plus de profondeur au roman – sans qu’il soit pour autant nécessaire d’avoir lu le premier pour comprendre le second.

Viveca Sten a beaucoup été comparée à Camilla Läckberg lors de la sortie de son premier roman, et sa réputation n’est pas volée. Elle en est déjà à six romans publiés dans son pays natal, si bien qu’elle y a rendu célèbre la petite île qui forme le théâtre de ses histoires. De bonne facture, rondement mené, Du Sang sur la Baltique ne brille pas par l’originalité de son intrigue, mais il ravira les fans du genre : haletant, bourré de scandales en tous genres alors qu’il mêle histoires d’infidélité et de corruption, il augure d’une belle série autour de l’île de Sandhamn, avec des personnages récurrents attachants et une profonde connaissance de l’auteur sur la région qu’elle décrit.

À noter, la sortie de La Reine de la Baltique au Livre de Poche (7,90 €) le 27 août, pour découvrir le premier opus des enquêtes de Thomas Andreasson et Nora Linde.

Du Sang sur la Baltique, de Viveca Sten. Editions Albin Michel – Spécial Suspens. Traduit du suédois par Rémi Cassaigne. Parution : 04 septembre 2014. 384 p. Prix : 20,90 €.

La Loi des Sames, de Lars Pettersson

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Tout au nord de la Scandinavie, en Laponie, là où la Suède, la Norvège et la Finlande se rejoignent, se trouve le territoire des Sames, un peuple qui vit encore selon des traditions ancestrales, tirant ses revenus de l’élevage des rennes. Anna Magnusson, substitut du procureur à Stockholm, est née de mère same, mais elle a grandi loin de Kautokeino, et la Laponie n’évoque pour elle que des souvenirs de vacances. Ainsi, lorsque sa famille lui demande de venir défendre son cousin, accusé de viol, elle débarque dans un univers qui lui est familier, mais dont elle refuse les codes et les obligations, et c’est à contre-cœur qu’elle vient en aide à sa  famille.

Parce qu’il est narré à la première personne, du point de vue d’Anna (sauf pour le tout premier chapitre), La Loi des Sames met littéralement le lecteur dans la position d’un étranger au peuple same qui viendrait vivre quelques jours à leurs côtés. Anna est une parfaite guide dans ce territoire isolé : elle connaît suffisamment les us et coutumes de ses ancêtres pour donner des points de repères au lecteur, tout en ajoutant le recul d’une citadine, qui est aussi celui de tout étranger aux Sames. C’est donc avec beaucoup de facilité que l’on part à la découverte de la Laponie, et surtout d’une manière de penser et de vivre qui semble résister au passage du temps et à la modernité.

Ainsi, très rapidement, l’intrigue policière passe au second plan : elle semble plutôt former une excuse pour décrire le mode de vie des Sames, et la profonde rupture entre Anna et sa famille depuis que la mère de la jeune femme a décidé de partir vivre à Stockholm, ce que les siens ont vécu comme une trahison. À Kautokeino, ce n’est pas votre situation professionnelle qui détermine votre statut social, mais le nombre de rennes que compte votre troupeau. Et peu importe, au fond, que votre cousin ait ou non violé la jeune fille qui l’accuse : il faut lui éviter la prison parce que sa présence auprès du troupeau est vitale pour la survie de la famille.

Lars Pettersson propose ainsi une peinture sociale d’un monde en voie de disparition, dans un roman tout aussi dépaysant que passionnant dans sa description d’un peuple. Si bien qu’on lui pardonne de donner parfois l’impression de tourner en rond avec son héroïne, qui arpente les routes enneigées de la Laponie dans sa voiture de location. Car c’est toute une culture qu’il met en avant, dans un roman policier qui rend avec beaucoup de justesse et de réalisme les ambiances sombres et blanches de la Scandinavie septentrionale. Un premier roman prometteur, qui donne à voir une autre Suède, celle des aurores boréales aussi bien que des tempêtes de neige meurtrières.

La Loi des Sames, de Lars Pettersson. Editions Gallimard, collection Série Noire. Traduit du suédois par Anne Karila. Parution : 04 septembre 2014. 448 p. Prix : 22,50 €.

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Audrey Chaix
Professionnelle de la communication, Audrey a fait des études d'anglais et de communication à la Sorbonne et au CELSA avant de partir vivre à Lille. Passionnée par le spectacle vivant, en particulier le théâtre, mais aussi la danse ou l'opéra, elle écume les salles de spectacle de part et d'autre de la frontière franco-belgo-britannique. @audreyvchaix photo : maxime dufour photographies.

One thought on “Plumes suédoises pour polars nordiques”

Commentaire(s)

  • Bonjour,
    après la plume nordique que j’adore (notamment celles de Menkell et d’Adler-Olsen), permettez moi de vous faire découvrir la mienne : le polar sud-américain.
    Venez découvrir sur mon site, les premiers chapitres de mon roman noir … noir.
    Amitiés,
    Amadeo Alcacer

    septembre 14, 2014 at 12 h 43 min

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