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« Le Cannibale de Crumlin Road » de Sam Millar : un polar sans surprise

« Le Cannibale de Crumlin Road » de Sam Millar : un polar sans surprise

15 mars 2015 | PAR Audrey Chaix

À Belfast, un tueur en série s’attaque à des jeunes femmes laissées pour compte par la société – orphelines, junkies… Il leur enlève le foie et les reins avant de les abandonner mortes. L’enquête piétine, jusqu’à ce que la sœur d’une jeune femme portée disparue appelle à l’aide le privé Karl Kane, déjà mis en scène par Millar dans Les Chiens de Belfast, son premier roman. Vulgaire, bourru, mais armé d’un grand cœur et accompagné de sa secrétaire et amante, Kane se fait le défenseur des jeunes victimes du cannibale. Lorsque ce dernier s’attaque à la famille de Kane, l’histoire devient personnelle entre les deux hommes…

le-cannibale-de-crumlin-roadL’intrigue imaginée par Sam Millar n’a rien de très original. Tous les codes du polar mettant en scène un privé sont ici repris : Kane est vulgaire, Kane boit du whiskey, il frappe avant de poser des questions, il se prend également quelques uppercuts en pleine face, ce qui lui fait une belle tête pleine de bleus et de bosses. Il couche avec sa jeune secrétaire, il a vécu un traumatisme dans son enfance, et surtout, il est doté d’une langue bien pendue qui sert Millar pour imaginer des dialogues pleins de verve et de réparties cinglantes – qui sont plus fatigants que vraiment drôles.

Si le rythme du roman, effréné, saisit le lecteur pour créer une urgence qui le pousse à tourner les pages, cela se fait au détriment du reste. Car l’intrigue ne sauve pas vraiment les meubles : éculée, elle en fait beaucoup dans le gore et dans l’horreur, et surtout, on reste sur sa faim quant à la psychologie du tueur en série.

Enfin, dernier point noir : la traduction de Patrick Raynal paraît bâclée et gêne énormément la lecture. Le défaut le plus évident est celui qui consiste à traduire littéralement des expressions propres à la langue anglaise, mais qui ne passent pas du tout telles quelles en français : on pense notamment à « la merde ne va pas tarder à percuter le ventilateur », de l’expression très courante « the shit is about to hit the fan », mais que l’on entend assez rarement dans la langue de Molière.

Si Le Cannibale de Crumlin Road est une lecture facile, qui ne demande pas un gros effort pour venir à bout de ses 300 pages, on regrette les facilités prises autant par l’auteur que par son traducteur.

Le Cannibale de Crumlin Road, de Sam Millar. Traduit de l’anglais (Irlande) par Patrick Raynal. Editions du Seuil Policiers. Paru le 8 janvier 2015. Prix : 21,50 €. 304 p.

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Audrey Chaix
Professionnelle de la communication, Audrey a fait des études d'anglais et de communication à la Sorbonne et au CELSA avant de partir vivre à Lille. Passionnée par le spectacle vivant, en particulier le théâtre, mais aussi la danse ou l'opéra, elle écume les salles de spectacle de part et d'autre de la frontière franco-belgo-britannique. @audreyvchaix photo : maxime dufour photographies.

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