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Plongez dans Le dos crawlé d’Eric Fottorino

03 septembre 2011 | PAR Amelie Blaustein Niddam

L’auteur de Korsakov, Baisers de cinéma et L’homme qui m’aimait tout bas nous transporte sur le littoral royannais, à Pontaillac exactement, pour passer « l’été 76, le plus chaud du siècle » en compagnie de Marin, 13 ans et Lisa, 10 ans mais qui,  » quand elle roule son regard noir avec du grave autour » en parait 12. Ces deux là , ils sont collés et, pendant cette canicule  ils vont regarder le monde des grands s’ouvrir à eux, et pour ça, il vaut mieux savoir nager Le dos crawlé sans avoir peur de couler.

Dès la première page, on est scotché au style et aux mots de l’ancien directeur du Monde. Il met ses phrases dans la bouche du jeune Marin qui nous raconte son univers qui sent les vacances. Pour cela, il nous dresse une galerie de portrait de gens qu’on adorerait rencontrer. En premier lieu, il y a l’oncle Abel qui « fait le beau métier de délivrer les gens de leur passé », l’homme est brocanteur. Il est veuf et pense souvent à Tante Louise, morte d’une « rupture » … d’anévrisme. Il est depuis amoureux de Gladys, qui prépare des pains bagnats auxquels Marin ne peut résister. Il y a la mère de Lisa, Madame Contini, désirable à crever. Il y a Monsieur Maxence auprès de qui Lisa et Marin « font les anges gardiens » pendant ses derniers jours. Ils l’écoutent leur raconter la mer, les ailleurs, et les deux gosses rêvent alors de partir en bateau découvrir l’Afrique.

Dans ces vacances paradisiaques, il y a aussi des morts , Jeanne Merteuil, suicidée, un bébé dans le ventre qui glisse des rochers pour s’enfoncer dans l’eau, et deux autres, vers la fin du livre, donnant un aspect dramatique et irréversible au récit qui, jusque là n’était qu’enfantillage sensible et infiniment touchant. L’innocence est alors égratignée mais elle ne s’effondre pas.

Le dos crawlé ne se lâche pas, Eric Fottorino fait la photographie d’une époque, la fin des années bab au moment de la transition vers une industrialisation du bord de mer. Abel veut vendre sa maison et les bicoque sur la plage ne feront pas long feu. La passion entre les deux jeunes adolescents se déploie avec une tendresse infinie. Chaque personnage, chaque endroit et chaque évènement du roman son décrit de façon très imagée, c’est Marin qui parle, et, son émerveillement plein de surprise sur ce monde qui tourne autour de lui nous fait regarder le monde des adultes avec ses yeux parfois incrédules.

La vie de Lisa et Marin ne sera plus jamais la même après cet été 76, et nous, nous refermons Le dos crawlé avec l’envie folle de  faire des siestes à l’ombre du figuier en attendant que les hirondelles se réveillent.

Extrait :

« Lisa est une petite blonde avec des barrettes au milieu des cheveux et cette manière des filles de dire « arrête » quand elles veulent qu’on continue. Elle a dépassé l’âge de raison et ça se voit parce qu’elle veut toujours avoir raison même si elle se trompe. Quand elle parle, elle bouge la tête comme celle du chiot monté sur ressort dans le fourgon d’oncle Abel. Lisa est fille unique, ça veut dire qu’y en a pas deux pareilles. »

 

Eric Fottorino, Le dos crawlé, NRF Gallimard, 206 p, 16,90 €, août 2011

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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