Livres

Otage d’Elie Wiesel

26 juillet 2010 | PAR Coline Crance

Découvert par le public avec le récit La nuit qui relate sa déportation dans le camp d’extermination d’Auschwitz puis dans le camp de concentration de Buchenwald, Elie Wiesel inaugure une œuvre littéraire forte d’une quinzaine de romans et de récits , de quarante livres publiés en tout et traduits dans plus d’une vingtaine de langues. Le prix Nobel de la paix lui est décerné en 1986. Il a publié récemment chez Grasset Le cas Sonderberg (2008) et Rashi ( 2010). Son dernier roman Otage sort le 18 août 2010 chez Grasset :

1975 New York : Shaltiel Feigenberg, juif américain et modeste conteur est enlevé en plein jour à Brooklyn. L’évènement fait la une des médias internationaux : c’est la première fois qu’une telle prise d’otage se produit sur le sol américain. Reclus dans sa cave, les yeux bandés, Shaltiel s’interroge et  pense qu’il y a eu méprise sur sa personne. Ayant perdu la notion du temps et entre deux face-à -face avec ses ravisseurs, il se réfugie dans ses souvenirs. La violence absurde de ce présent hors du temps le ramène à sa propre histoire : la déportation du ghetto de Davarowsk, sa ville natale en Transylvanie, celles de son père et de son oncle, rescapés d’Auschwitz, sa propre survie enfant dans la cave d’un officier allemand, la libération de la ville par l’armée rouge, la fuite clandestine de son frère ainé en URSS pour servir la Révolution …

Peu à peu tel un jeu d’échec, passion à laquelle il doit sa survie pendant la seconde guerre mondiale, son propre passé se confronte à son présent et aux causes que servent ses ravisseurs …Habilement Elie Wiesel mêle souvenirs et confrontations directes entre Shaltiel et ses deux bourreaux : l’un , un Arabe qui combat pour la cause de son peuple et qui manifeste constamment sa haine des juifs et l’autre, un italien révolutionnaire pour qui la Palestine n’est que la cause très immédiate d’une lutte qui la dépasse. Aux réminiscences et contes mystiques qui ponctuent les souvenirs de Shaltiel font alors échos les combats et les causes servies par les deux kidnappeurs.

Chacun à sa manière dans cette petite cave obscure , alors que dehors le monde s’agite , que les médias s’activent pour gagner la cause internationale, se livrent et se retrouvent en proie à ses propres limites et contradictions. Tout l’art de Wiesel est d’opposer intelligemment petite histoire et grande histoire en bousculant la temporalité établie par la simple force des souvenirs. Ici, dans cette cave où toute notion de temps est évacuée , s’oppose et s’affronte une dernière fois l’humanité dans ce qu’elle a de plus vif et de plus sensible. Le jugement est ailleurs , seuls, les esprits s’ouvrent, se délient ou se referment… Chacun est l’otage de sa propre conscience. Dans un style simple mais incisif, Elie Wiesel brasse toutes les grandes problématiques historiques de ce monde de l’après deuxième Guerre Mondiale pour offrir un récit efficace et poignant.

Comment ai-je pu tenir là-dedans?
Valerie Brancq est une bombe de pute
Coline Crance

2 thoughts on “Otage d’Elie Wiesel”

Commentaire(s)

  • montague pratt

    Réminiscence, remake, psychodrame ou nostalgie ?… M. Wiesel regrette-t-il le temps magique où les juifs étaient des victimes ???… Soupçonne-t-il que, dès cette époque, lui et ses coréligionnaires étaient déjà impliqués dans des luttes qui les dépassaient … et qu’ils n’ont jamais repris le dessus ???…

    juillet 27, 2010 at 17 h 25 min
  • Olivier Laurent

    Evènement sur Curiosphere.tv, le magazine littéraire Interlignes vous propose un voyage dans l’intimité créative des auteurs.

    Découvrez chaque semaine, une série d’entretiens avec les auteurs qui font la rentrée littéraire.

    Cette semaine, dans Interlignes, le Prix Nobel de la Paix et Professeur Elie Wiesel se livre à ses lecteurs en compagnie de Dominique Antoine.

    Date de diffusion : à partir du samedi 16 octobre 2010

    Actualité de l’auteur : « Otage » Ed. Grasset

    Programmation à venir :

    Octobre :

    Le 23 : Alice Ferney pour « Passé sous silence », Ed. Actes Sud
    Le 30 : Alain Mabanckou pour, « Demain, j’aurai vingt ans », Ed. Gallimard

    Novembre :

    Le 06 : Jean Echenoz pour « Des éclairs », Editions de minuit
    Le 13 : Nathalie Kuperman pour « Nous étions des êtres vivant », Ed. Gallimard

    Suite du programme, novembre et décembre, sur http://www.interlignes.tv

    Découvrir Curiosphere.tv : http://www.curiosphere.tv/

    Accès direct au site interlignes.tv : http://interlignes.curiosphere.tv/

    octobre 17, 2010 at 19 h 44 min

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