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Millefeuille : Leslie Kaplan se penche sur la vie intérieure d’un vieux lettré

03 août 2012 | PAR Yaël Hirsch

L’auteure du « Psychanalyste », qu’on a pu voir en dramaturge l’an dernier avec l’excellent « Louise, elle est folle » (voir notre article) publie en cette rentrée 2012 son 17e roman. « Millefeuille » met en scène un personnage éponyme, fin lettré que tous adorent, mais en fin de parcours.

Jean-Pierre Millefeuille est un vieux professeur comme on aimerait en adopter un pour grand-père. Souriant, attentif aussi bien aux serveurs qu’aux commerçants, il a toujours un bon mot et un sourire. Pour lui-même, il cite sans s’arrêter Shakespeare en V.O. Sa vie est bien réglée dans le joli quartier de Montparnasse, aux heures battantes du Saint-Germain des Prés existentialiste. Il fait la rencontre de la narratrice puis de son énergique fille et enfin du fiancé de cette dernière qui désire se reconvertir dans le cirque et a un début de roman en préparation. Il apporte un chapitre de cet ouvrage à Millefeuille pour avoir un avis éclairé, mais pour mille et une raisons, l’excellent Millefeuille dit ne pas trouver le temps de le lire. Curieux pour un gentleman qui a auparavant si bien su se pencher sur les états d’âme du jeune couple.

Sorte de « Cripure » du « Sang noir » de Louis Guilloux, mais passé au tamis de la jovialité, Millefeuille apparaît comme un personnage oscillant entre caricature et mystère. Malgré les longues citations et le menu déroulé de ses journées bien réglées, Leslie Kaplan ne parvient pas à nous rendre Jean-Pierre Millefeuille touchant. Sorte de tribut à la Lost generation dont elle pourrait bien être l’héritière, mais passé au crible inexorablement fluctuant du nouveau roman, ce texte de Leslie Kaplan séduit par endroit mais ne parvient pas à créer l’hypnose qu’elle a tant de fois sur créer dans ses livres.  Peut-être parce que personne ne donne vraiment la réplique au vieil homme qui soliloque en vers. En ce sens, il est fort dommage que le personnage de la narratrice sombre assez vite dans les limbes de l’oubli car son intérêt à elle pour Millefeuille aurait pu être contagieux. La lecture de « Millefeuille » laisse donc un léger sentiment de déception.

Leslie Kaplan, « Millefeuille », POL, 256 p., 16 euros. Sortie le 22 août 2012.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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