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« Le dévoreur de souvenirs », le mystère de la mémoire

« Le dévoreur de souvenirs », le mystère de la mémoire

08 décembre 2020 | PAR Laetitia Larralde

Que feriez-vous si vous pouviez vous débarrasser de souvenirs douloureux ? Réponse avec le manga de Kyoya Origami et Nachiyo Murayama.

Depuis qu’il est petit, Ryôichi garde un souvenir qu’il ne peut pas expliquer : comment Maki, sa petite voisine, a-t-elle pu totalement oublier pendant la nuit un évènement très pénible pour elle survenu la veille ? Devenu étudiant, il se consacre à la recherche sur les légendes urbaines et leur ancrage dans la réalité, en se concentrant sur le Kiokuya. Appelé aussi le dévoreur de souvenirs, on dit qu’une personne qui veut absolument oublier un souvenir difficile peut faire appel à lui. Le traumatisme disparaîtra avec la mémoire, mais la personne ne se souviendra pas non plus avoir eu affaire au Kiokuya. Tandis que les pertes de mémoire se multiplient autour de lui, Ryôichi est déterminé à percer le mystère.

Adapté d’un roman de Kyoya Origami, également adapté en film, Le dévoreur de souvenirs fait penser à Eternal sunshine of the spotless mind de Michel Gondry, avec une approche surnaturelle du thème. Pas question de science ici, la mémoire fait partie du monde immatériel et donc est traitée de façon mystérieuse. Mais la question soulevée reste la même : comment gérer le fait d’avoir été complètement effacé de la mémoire de quelqu’un de proche ? Est-il possible de reconstruire une nouvelle relation avec la personne après cela, ou doit-on s’efforcer de faire le deuil de cette relation disparue ?

Ryôichi considère le Kiokuya comme un monstre car pour lui, supprimer une partie de la mémoire de quelqu’un, c’est modifier qui est la personne et l’empêcher d’évoluer en surmontant les épreuves de la vie. Mais au contraire, pour ceux dont il dévore les souvenirs, c’est quelqu’un de compatissant qui les aide à retrouver une vie apaisée. Est-ce une force de savoir vivre avec tous ses souvenirs, y compris les plus mauvais ? Ou est-ce faire preuve d’un esprit rigide que de refuser la possibilité de retrouver la paix à quelqu’un qui porte sa souffrance dans sa mémoire ? De façon plus large, Le dévoreur de souvenir interroge sur ce qui constitue l’identité d’une personne.

Autour de ces questions, les auteurs tissent un récit au dessin soigné et au dénouement inattendu. Si certains éléments restent en suspens, cela reflète également la façon dont fonctionne la mémoire, qui peut effacer certains souvenirs sans que l’on s’en rende compte, ou même les réarranger. Entre légende urbaine et réflexion existentielle, Le dévoreur de souvenirs est une lecture à la fois divertissante et intrigante.

Le dévoreur de souvenirs, de Kyoya Origami et Nachiyo Murayama
Récit complet en deux tomes
176 pages, 7,99€ – Delcourt / Tonkam

Visuels : © Delcourt / Tonkam

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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