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Les revenants : Laura Kasischke plonge dans les limbes des sororités des campus américains

31 août 2011 | PAR Yaël Hirsch

L’auteure américaine de « La Vie devant ses yeux » (2002) et d' »En un monde parfait » (2009) est de retour avec un thriller : « Les revenants ». Tordant la ligne des temps et celle des genres, elle dresse un portrait inquiétant les « sororities », c’est sociétés secrètes de filles si populaires sur les campus des universités américaines.

Craig quitte la ville de la côte est bobo où ses parents artistes se sont installés pour entrer dans une petite université prestigieuse du Midlwest. Dans le grand dortoir, il tombe sur un voisin de chambre scout, droit dans ses bottes mais pas rigide et venu d’un petit bled du Midlwest : Perry. La blonde et jolie Nicole était au même lycée de Perry; elle travaille parfois avec lui et c’est ainsi que Craig la rencontre et connaît un coup de foudre : apparemment vierge, prude, la peau éclatante, les dents blanches et la blondeur brillante, Nicole est l’archétype de la superbe étudiante américaine. Craig fait ses quatre volontés et la laisse même très souvent partager des activités étranges avec ses « soeurs » d' »Omega Theta thau ». une nuit, Craig et Nicole ont un accident de voiture. Mort de culpabilité, Craig estime avoir assassiné son amour. Mais une femme, Shelly, professeur de musique et qui a tout vu assure que les journaux locaux mentent et qu’elle a aperçu les deux jeunes blessés mais vivants sortir de la voiture. Pour elle, au contraire de la version officielle, Nicole n’était pas « défigurée », certainement pas « méconnaissable » et elle ne baignait pas dans « une mare de sang » sur les lieux du drame. Traumatisé, Craig revient néanmoins vivre dans les parages de l’université l’été d’après le drame. Sauf Perry, tout le campus le considère comme un monstre. Perry décide alors de suivre le cours d’une jeune professeure intelligente sur la mort et son anthropologie : avec l’aide de cette femme brillante et passionnée, il espère mieux comprendre la mort de la jolie Nicole. Mais l’entreprise thérapeutique se mue petit à petit en enquête sur la sororité de Nicole, qui apparaît prête à tout pour lier entre elles ses membres…

La grande originalité de ce roman touffu et mystérieux est sa structure. Laura Kasischke ouvre le livre par la scène de l’accident, qui flotte comme dans un rêve. L’intrigue se trouve portée par deux lignes temporelles : l’enquête de Perry, qui avance par saccades et la narration de l’année scolaire qui a précédé la mort de Nicole. La première ligne est riche en surprises, tandis que la deuxième avance inexorablement vers le drame. Riche en légendes urbaines glaçantes sur les sororités, « les revenants » est d’autant plus angoissant que le  personnage de l’anthropologue, Mira donne un tour scientifique et concret à la mort des jeunes gens. Brillant et prenant.

Laure Kasischke, « Les revenants », trad. Eric Chédaille, Christian Bourgois, 588 p., 22 euros.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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