Livres

Les derniers jours de Sylvia Plath par Oriane Jeancourt Galignani

27 janvier 2013 | PAR Yaël Hirsch

Cinquante ans après que l’immense poétesse américaine a mis fin à ses jours, le 11 février 1963, à l’âge de 30 ans, la rédactrice en chef littérature de Transfuge lui dédie un livre habité. Dans « Mourir est un art, comme tout le reste », Oriane Jeancourt Galignani revient sur la dernière année de vie intérieure de Sylvia Plath dans un texte qui déroule le fil intime des poèmes d’Ariel.

Coincée à la maison avec ses deux enfants, ses poèmes et ses pièces radiophoniques pour le BBC qui font bouillir la marmite, Sylvia Plath doit non seulement faire face à la maladie qui la menace depuis plus de 15 ans, mais également aux infidélités de son mari, l’élégant et reptilien poète anglais Ted Hughes. Pendant qu’il s’éloigne pour vivre une grande passion à Londres avec la jeune Assia, Sylvia Plath demeure seule, douloureuse et trompée dans un endroit reculé de toute chaleur et  de toute amitié…

Baignant son terrible récit de vers extraits d' »Ariel », vers qu’elle retraduit souvent elle-même, Oriane Jeancourt Galignani immerge son lecteur dans la vie intérieure de la grande poétesse torturée. dans ce kaléidoscope au style totalement imprégné de celui de Plath, l’on voit bien les diverses étapes de la courte vie de cette dernière, comme condensées dans un journal intime. Le fil rouge de ce grand désenchantement bordé de mal-être est bien sûr la relation passionnée au mystérieux Ted Hughes, présenté ici comme l’homme froid qui trombe et qui blesse, alors que la réponse du poète anglais ne viendra que 35 ans après le suicide dans ses « Birthday Letters » (1998). Très documenté, complétement habité par le style et les paradoxes de la magistrale Sylvia Plath, c’est un livre d’hommage au sens le plus noble du terme que propose Oriane Jeancourt Galignani Un roman qui permet de se rappeler les vers de la poétesse et de tenter de revivre par l »écriture ce moment aveugle où créativité et souffrance touchaient toutes deux à l’absolu. Gageons que ce roman permettra même à certain(e)s de découvrir ou redécouvrir non seulement « Ariel », mai aussi les « Arbres d’hiver » ou la fameuse « Cloche de détresse » qui résonne encore si fort chez de nombreuses adolsecentes plus de 60 ans après.

Oriane Jeancourt Galignani, « Mourir est un art, comme tout le reste », Albin Michel, 185 p., 15 euros. Sortie le 31 janvier 2013.

« Elle porte son uniforme d’écriture : pantalon et col roulé noir. Elle s’habille chaque jour de la même façon depuis qu’elle vit sans lui. Elle voit par la fenêtre la petite Volkswagen, carrosserie jaune se garant devant sa porte. En sort le mari prodigue Il n’a rien perdu en route : le visage au cordeau, la peau brune et cette salope de beauté qui ne s’estompe jamais, cette majesté qui se colle au moindre de ses impers, comme s’il suffisait d’être achevé par la main du diable pour régner sur les autres, les mal finis. » p. 133.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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