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L’économie symbiotique : Régénérer la planète, l’économie, la société, par Isabelle Delannoy

L’économie symbiotique : Régénérer la planète, l’économie, la société, par Isabelle Delannoy

16 août 2021 | PAR Orane Auriau

La civilisation humaine s’est globalement construite en opposition avec la nature, dans un rapport de domination. Isabelle Delannoy nous invite à repenser nos relations avec le monde du vivant en l’incluant au sein de notre économie, et non en essayant de combattre celui-ci.

 

Une autrice spécialisée sur le développement durable

Isabelle Delannoy est une spécialiste du développement durable qui a travaillé de longue date sur cet ouvrage, puisqu’elle a commencé à écrire sur le sujet en 2012. Elle explique aussi avoir été aidée par une équipe de chercheurs et de scientifiques issus du milieu académique. Elle a également été scénariste du film Hope de Yann Arthus-Bertrand, a également collaboré à son livre La terre vue du ciel. Elle dit n’être pas économiste, mais s’être appropriée le terme. 

Ce qui est à déplorer est cette dichotomie de l’homme contre la nature, dont nous payons maintenant le prix avec le dérèglement climatique, la pollution. Notre économie actuelle se fonde sur des ressources limitées, schéma que l’autrice veut changer en proposant une économie possible, plausible et régénératrice, qui coopèrerait avec les éléments naturels, aux ressources illimitées – énergies vertes, économie locale, abandon d’une système où la compétitivité se mesure en chiffres. Il y a dans sa pensée l’idée d’inclure dans son échelle de considération le vivant dans son ensemble, le monde végétal.

 

“ Pour qu’il y ait symbiose, chaque part

doit conserver sa différence et son intégrité. L’intensité de production

que paraît permettre une économie symbiotique doit être l’opportunité

de redévelopper les étendues du sauvage.”

 

“Aller vers

une symbiose entre l’homme et sa planète n’est plus une option

possible parmi d’autres, elle est devenue une obligation.”

 

Proposer une économie plus “verte”

Face à l’urgence climatique et aux dérèglements que nous connaissons, très inquiétants, repenser en profondeur notre système économique et l’organisation de notre société devient plus qu’urgent et nécessaire. Ce type d’ouvrage nous permet de conceptualiser une autre manière de vivre notre quotidien, repenser les industries qui sont actuellement hautement polluantes, l’agroéconomie qui nous nourrit. Permettre à tout citoyen d’avoir les clés et les outils en mains pour s’éduquer sur l’écologie, et pourquoi pas changer ses propres habitudes. Nous comprenons néanmoins, à travers l’ouvrage, que la majorité des décisions qui limiteront ou diminueront les rejets de CO2, dépendent des décisions politiques à l’échelle locale, étatique ou globale. Un citoyen qui limite ses mauvaises habitudes aura certes un impact mais faible sur la réduction du réchauffement climatique, là où une révision profonde et globale du système serait bénéfique. 

Peut-être que certaines études de cas convoquées sont plus ardues à lire -parler d’industries, de systèmes informatiques peut être assez technique, certains sujets sont évidemment moins plaisants-, mais l’autrice nous propose néanmoins un système en y étudiant toutes ses facettes. La subdivision en chapitres et parties précises permettra au lecteur de s’y repérer, et pourquoi pas choisir ce qu’il souhaite approfondir ou choisir. 

 

Etudes sur le développement durable

L’ouvrage est instructif et complet en ce sens, mais attention à certaines parties qui pourraient être obscures pour des personnes qui n’ont pas du tout l’habitude de lire des ouvrages de ce type. A lire avec attention car cela peut devenir assez technique pour certains. Il y a tout un vocabulaire de l’économie et du développement durable qu’il faut comprendre, maîtriser, mais qui donnent les clés pour repenser notre économie. Fort heureusement, il y a tout de même un lexique à la fin qui peut aider. Ce un livre se veut être une ode à la réunion avec la nature, tout en prônant une économie qui ne délaisse pas le développement, vision qui peut être discordante chez les écologistes. Elle souhaite renverser les clichés sur l’économie durable qui ne nécessiterait pas de se dépouiller de tout. Elle fournit à cela des arguments scientifiques et étaye ses propos. 

Autre spécificité de l’ouvrage ici, c’est que contrairement à des personnes écrivant sur l’écologie comme Aurélien Barreau qui parle de décroissance, soutenant que l’augmentation du PIB est ce qui entraîne des désastres écologiques, Isabelle Delannoy pense au contraire qu’un modèle économique qui n’exclut par la croissance est envisageable ; conceptualisant un modèle qui serait durable donc non gaspillant en ressources de la planète, selon ses propres mots. C’est un point de vue qui peut se discuter parmi les écologistes, qui est critiquable pour de solides raisons (penser rendement, économie et écologie tout à la fois semble contradictoire). Mais elle tente de justifier ses propos, les argumente et les par le biais d’études de cas, même à la fin de l’ouvrage par sa propre expérience (en détaillant la politique de sa ville à ce sujet). Elle semble penser que la croissance est une conséquence de cette économie symbiotique, non un but en soi. 

Elle ne se contente pas de dire pourquoi notre économie actuelle est toxique, mais propose comment remplacer ce qu’il faut changer. Au lecteur de se forger sa propre opinion sur ce qu’elle propose, de tailler sa route parmi des termes qui ont tout de même trait au capitalisme, même s’il est vert. A savoir s’il n’y a pas un esprit de contradiction à cela. Peut-on refonder notre système en perpétuant l’idée que nous devons nous contenter de rendre l’économie plus verte? Peut-on seulement se contenter de changer un modèle déjà bien problématique? 

 

Peut-on réellement repenser l’économie?

L’économie symbiotique inclut dans sa sphère de considération un aspect social, une coopération de tous les citoyens qui peuvent alors y trouver leur compte. La structure ne doit plus être hiérarchique ou pyramidale, mais au contraire s’organiser par réseaux, avec l’action de chacun, ce qui est illustré par le développement d’internet qui en est un exemple et permet aux citoyens de s’organiser plus intelligemment entre eux. Ce terme vient en effet du grec “sumbiösis” qui signifie littéralement “vivre ensemble”. La définition première de notre dictionnaire l’explicite tel qu’il suit : “Association étroite de deux ou plusieurs organismes différents, mutuellement bénéfique, voire indispensable à leur survie. (La symbiose est fréquente entre les micro-organismes [symbiotes] et des plantes ou des animaux.” Delannoy développe ainsi tour à tour les principes de l’écoconstruction, de la permaculture, l’économie régénérative, l’agroécologie, le biomimétisme et enfin l’économie sociale et solidaire. 

Mais finalement, on peut y opposer certains points, même pour des lecteurs qui ne sont ni ingénieurs, ni spécialistes du développement durable. Est-ce légitime, dans un livre d’écologie, de laisser une place aussi grande aux industries? Est-ce réellement compatible? Il faut comprendre qu’un système industriel, qu’elle tend à défendre, est quand même assez capitaliste, système-source même de déséquilibres sociaux, de logiques de pouvoir. Elle évoque également beaucoup l’idée de croissance. Au risque de se demander si Delannoy ne se contredit pas, bien que certaines de ses idées ou propositions soient intéressantes. 

Mais encore une fois, on peut être d’accord ou non avec cet ouvrage ou certaines de ses parties, mais il faut néanmoins reconnaître à Delannoy qu’elle tente de trouver des solutions par des propositions concrètes.

Enfin, dans toute la multiplicité des modes de consommation évoqués, il manque malheureusement à son argumentation une partie consacrée à l’élevage intensif, les problèmes environnementaux causés par l’industrie de la viande. C’est l’un des problèmes majeurs dans notre mode de consommation. Elle parle certes de culture locale, mais jamais de la pollution due à l’élevage, la production de la viande, de son agriculture intensive qui détruit les terres, largement polluante et épuisante en ressources. Peut-on d’ailleurs penser l’économie symbiotique, sans évoquer a minima notre rapport aux autres espèces de cette planète, notre rapport aux animaux, pourtant important au sein du concept de symbiose? 

 

L’économie symbiotique, Edition Actes Sud, 352 pages, 22€. 

 

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Orane Auriau

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