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Le rose et le gris, Prélude au quinquennat de François Hollande, par Michèle Cotta

03 décembre 2012 | PAR Jean-Paul Fourmont

« N’hésite pas à m’appeler si tu as un problème » – Nicolas Sarkozy à François Hollande.

Ancienne présidente de la Haute autorité de l’audiovisuel, ancienne directrice de l’information de TF1 et journaliste à l’ombre de son boulevard, Michèle Cotta vient de publier Le rose et le gris. Prélude au quinquennat de François Hollande, vraisemblablement en hommage à l’ouvrage de Catherine Nay, Le rouge et le noir, dans lequel elle critiquait François Mitterrand et sa fille cachée Mazarine notamment. Michèle Cotta n’a jamais caché ses sympathies pour la gauche, ce qui explique probablement son parcours fait de haut et de bas. Le livre de Michèle Cotta s’articule en cinq parties, à savoir la préparation, la transition, l’installation, les législatives et le pain blanc.

La communication, rien que la communication
Michèle Cotta nous apprend que pour ce qui est de l’équilibre des pouvoirs, entre le président de la République et le premier ministre, rien n’a véritablement changé. C’est F. Hollande qui a constitué la liste des deux gouvernements. Les tractations concernant la composition du gouvernement sont évoquées par le menu.

Au fond, on est resté sur le modèle du président sortant. C’est donc toujours la même logique institutionnelle de présidentialisme majoritaire qui prévaut. Elle se fonde sur la conjonction de la structure parlementaire de la Ve République, du parlementarisme rationalisé, du fait majoritaire et de la captation au profit du président de tous les ressorts du régime.

Selon Michèle Cotta, les Français n’en sont pas dupes. Mais, malgré des sondages en berne, l’auteure nous indique que François Hollande ne doit pas s’inquiéter, loin s’en faut En effet, il a appris de François Mitterrand « l’art de s’adapter ». D’après Thomas Hollande, « on ne sait jamais par quelle porte son père va sortir ».

L’existence d’un conflit, du moins d’une rivalité entre l’actuel locataire de l’Elysée et Martine Aubry est confirmée. On apprend que Jacques Delors n’apprécie guère François Hollande, alors que celui-ci s’en réclame vigoureusement. L’auteure nous rappelle une rencontre, à laquelle elle a assisté, entre F. Hollande et J. Delors. L’ancien président de la Commission européenne apostropha F Hollande de la façon suivante : « quant à toi, François, je ne te salue pas » !

Le recours à un cabinet privé : conflit d’intérêt
L’auteur indique qu’Alain Rousset, le président du conseil régional d’Aquitaine, avait confié une mission d’étude sur l’industrialisation de la France à un cabinet privé, le cabinet Roland Berger (p. 167). Ce qui est surprenant. Malheureusement A. Rousset sera coiffé par A. Montebourg pour le poste de ministre.

Le complexe de Rebecca
La guéguerre entre Ségolène Royal et Valérie Trierweiller est évoquée, comme il se doit. A cet égard, il est fait allusion à un célèbre roman de Daphné du Maurier, dans lequel la seconde épouse d’un lord anglais ne supporte pas les traces qu’a laissées la première épouse dans la demeure de son ex-époux. Responsable politique majeure, Ségolène Royal n’hésite pas à affirmer avec une dignité inégalable que la compagne actuelle du président ne pourra effacer le fait que « François et moi avons été un couple »…

Cet ouvrage est finalement un peu décevant. On reste trop en surface, on ne va pas au fond des choses. L’information selon laquelle F. Hollande et ses proches ont recours à des cabinets privés pour orienter la politique industrielle d’un pays souverain est pour le moins détonante, voir surprenante, surtout lorsque l’on sait le mépris affiché pour les agences de notation. C’est peut-être l’information la plus importante du livre.

Mais quid des services de l’Etat ? Quid des compétences des fonctionnaires qui y travaillent ? Quid du possible conflit d’intérêt ? On est surpris que l’auteure n’essaie pas d’en savoir davantage à ce sujet pourtant central. Une investigation plus poussée n’aurait pas fait de mal. Qui a payé cette étude ? Le lecteur reste sur sa faim à ce propos. Cette chronique est décidément bien trop lisse et trop complaisante.

Michèle Cotta, « Le rose et le gris », 17 octobre 2012, Fayard, 259 p., 19 euros.

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Jean-Paul Fourmont
Jean-Paul Fourmont est avocat (DEA de droit des affaires). Il se passionne pour la culture, les livres, les gens et l'humanité. Contact : [email protected]

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