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Le rabaissement de Philip Roth

Le rabaissement de Philip Roth

30 août 2011 | PAR Yaël Hirsch

Dans son nouveau roman, le monument Philip Roth se glisse dans le monde d’un comédien seul, vieillissant et qui pique des crises d’angoisse à la seule idée de monter sur scène. Et l’auteur de « Portnoy et son complexe » et d' »Un homme » prend un malin plaisir à voir son sympathique anti-héros se rabaisser virilement. Parution le 29 septembre chez Gallimard.

Alors que  sa dernière interprétation a été un fiasco, le grand comédien Simon Axler réalise qu’il ne pourra plus jamais jouer. Il a trop peur et cela sonne trop faux. Là-dessus sa dernière compagne le quitte, lui enlevant l’enfant qu’il a en partie élevé. Demeuré seul dans sa très lointaine campagne plus ou moins newyorkaise, Simon fait une tentative de suicide. Immédiatement sanctionnée par un internement psychiatrique de quelques semaine, il rencontre à cette occasion une femme qui a craqué car elle a compris que son homme d’affaires de mari abusait de leur petite fille. Dès lors, cette femme n’a qu’une idée : sortir de clinique pour assassiner son mari. Simon la croit sensée mais refuse poliment de l’aider pour le meurtre. Il retourne vivre dans sa petite maison reculée, refusant les proposition de rôles de son agent et menant à soixante ans une vie ennuyeuse de retraité extrêmement solitaire. Jusqu’à ce que la fille d’un de ses meilleurs amis d’enfance, Peggeen vienne lui rendre une visite de voisinage. De quinze a,ns sa cadette et homosexuelle depuis l’adolescence, Peggeen commence néanmoins une histoire d’amour, de couple et bien sûr de sexe avec Simon. Cette flamme inespérée redonne à Simon toute sa fougue et, dans la vie, il se met à jouer parfaitement le rôle de Pygmalion . Mais même si Simon n’est pas dupe et sait bien que cette femme relativement jeune peut disparaître du jour au lendemain, il ne mesure pas tout ce qu’elle peut encore rabaisser chez lui.

Parfaitement cruel, parfois à la limite même du cynisme dans les scènes de sexe, Roth ne parvient pas moins à rendre son Simon sympathique et digne, malgré le rabaissement qu’il lui fait subir. Comme d’habitude, les femmes sont violées, fatales ou hystériques et si possible les trois à la fois. L’intérêt du livre porte donc sur sa concision et sur la manière impeccable dont Roth décrit un ancien grand homme à bout de souffle. Élégant jusque dans le glauque, précis jusque dans les sentiments brouillés, sexy jusque dans la misogynie, Roth reste demeure un monstre sacré. Si le « Rabaissement » n’est certainement pas son meilleur livre, il n’en est pas moins un condensé d’excellence. *

Philip Roth, « Le rabaissement » (« The Humbling »), Gallimard, 122p., sortie le 29 septembre 2011.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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