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L’adieu à Lévi-Strauss

04 novembre 2009 | PAR Yaël Hirsch

L’ethnologue est mort à l’âge de 100 ans, vendredi 30 octobre. Avec ce père du structuralisme, la France perd un des ses derniers géants de la pensée. L’annonce de la mort de Claude Lévi-Strauss a été repoussée par sa famille, qui voulait des funérailles intimes. Celles-ci ont eu lieu lundi 2 novembre à Lignerolles (Côte d’Or).

Né à Bruxelles dans une famille d’intellectuels et d’artistes d’origine juive autrichienne, le 28 novembre 1908, Claude Lévi-Strauss déménage à Paris pour étudier aux lycées Janson de sailly puis Condorcet,et commence dès lors à militer au sein de la SFIO. Reçu troisième de  l’agrégation de philosophie en 1931, il enseigne au lycée puis part en mission au Brésil en 1935. Il y commence son travail d’ethnographe en Amazonie et au Mato Grosso. Il rentre en France en 1939 et est mobilisé comme agent de liaison sur la ligne Maginot. Les lois raciales le poussent à s’exiler à New-York en 1941, où il enseigne à la New School, est un des fondateurs de l’Ecole Libre des Hautes Etudes et rencontre le linguiste russe Roman Jakobson. Après la guerre, il travaille comme conseiller culturel auprès de l’ambassade de France à New-York. En 1948, il démissionne pour écrire son premier grand opus (qui est aussi sa thèse) : Les structures élémentaires de la parenté (1949). A Paris, il est sous-directeur au Musée de l’homme et tient la chaire des religions comparées des peuples sans écriture à la VI e section de l’EPHE (qui deviendra l’EHESS). En 1955, Lévi-Strauss rencontre un énorme succès avec son autobiographie intellectuelle, Tristes tropiques. Professeur au Collège de France de 1959 à 1982, il est resté membre honoraire de cette institution jusqu’à sa mort. En 1962 paraît La pensée sauvage et tout au long des années 1960, l’ethnologue publie les quatre volumes de ses Mythologiques, et est déjà étudié comme un classique dans les années 1970. En 1973, il entre sous la Coupole et son élection crée de nombreux remous à l’Académie Française. Il retourne au Brésil en 1985. A partir de 1994, Lévi-Strauss arrête d’écrire ; son quatre-vingtième, puis son centième anniversaire donnent lieu à de nombreuses cérémonies, notamment au musée du Quai Branly où le théâtre porte son nom. En 2005, Lévi-Strauss fait sa dernière apparition à la télévision, et en 2008, il participe lui-même à la sélection et à l’édition de ses « Oeuvres » dans la collection de la Pléiade.

Le président Nicolas Sarkozy a rendu hommage à « l’un des plus grands ethnologues de tous les temps », et en lui, à l' »humaniste infatigable ». Le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand estime que l’anthropologue « nous a enseigné une nouvelle grammaire du regard et nous a appris à regarder, écouter, voir autrement ».
Avec Claude Lévi-Strauss, c’est le dernier grand intellectuel de langue française de l’âge d’or structuraliste qui disparaît.

Voici une des dernières interviews de Claude Lévi-Strauss:

Et son interview de 1985 avec Bernard Pivot:

Le festival des Inrocks 2009
Christophe Willem : cover de Billy Jean sur la plateau de Taratata
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

2 thoughts on “L’adieu à Lévi-Strauss”

Commentaire(s)

  • Vu ce matin sur le portail suisse Pnyx.com, un hommage surprenant au grand homme : sous la forme d’un sondage !

    Merci, Monsieur Lévi-Strauss ! Si je ne pouvais emporter qu’une seule de vos idées …

    « On ne peut rien comprendre ou juger que grâce à la mémoire »,

    « Je hais les voyages et les explorateurs »,

    « L’homme est un être vivant »,

    « Pas plus que l’ordre du monde, l’ordre social ne se plie aux exigences de la pensée »

    « Seule la musique permet l’union du sensible à l’intelligence »,

    « Il ne peut exister un hiatus complet entre la pensée et la vie »,

    « L’humanité … /… s’apprête à produire la civilisation en masse, comme la betterave ».

    Pour voir le détail, aller à : http://www.pnyx.com/fr_fr/sondage/403 , avec, pour chacune de ces « idées », un extrait des citations dans leur contexte, permettant d’embrasser la portée de ces réflexions.

    novembre 4, 2009 at 16 h 03 min

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