Livres

La nuit tombe quand elle veut de Marie Depussé, un grand texte sur les affres de l’hôpital

14 octobre 2011 | PAR Yaël Hirsch

Auteure de 6 récits chez P.O.L., Marie Depussé livre avec « La nuit tombe quand elle veut » un petit récit dur et précieux. Un texte écrit aux prises directes avec la souffrance désorganisée de l’Hôpital et truffé de références fortes.

Alors que son frère se bat contre une tumeur inopérable au cerveau, la narratrice sillonne avec lui les couloirs de l’hôpital Mondor de Creteil. Un hôpital qu’elle nomme « La ville blanche » et qui accueille dans une vision moyenâgeuse une population bigarrée mais unifiée par la souffrance. Jean, le frère, a droit aux soins de radiothérapie mais semble trop grand, fort et bien bâti pour avoir accès à un lit sur place. Comment faire à l’heure où les hôpitaux de Province disparaissent et qu’il lui faut parcourir chaque jour plusieurs centaines de kilomètre de la « piaule » parisienne de sa sœur au centre de soins?

Dans un style aussi concis que puissant, Marie Depussé décrit avec à la fois candeur et grand savoir la vie bien organisée et pourtant tellement aléatoire dans et autour de l’Hôpital. Le parcours des deux combattants affaiblis est pleine de l’attente sans fin, des descentes tristes au faux-vrai supermarché avoisinant et de l’empathie retenue pour les souffrances des voisins, du clochard demandant une cigarette au bon père de famille chrétien et plein d’énergie pour la lutte. L’hôpital, c’est à la fois le médecin sûr de sa science capable de renvoyer Jean dehors, après qu’il ait vomi cinq heures d’affilée, car il est trop solide pour occuper un lit. C’est aussi l’infirmière qui se trompe et livre au frère et à la sœur des radios qui ne sont pas celles de Jean; c’est encore un autre médecin capable de braver le système pour lui obtenir un asile, et aussi psychiatre très présent aux côtés de Jean. « Il ne faut pas dire de mal de l’hôpital », selon Marie Depussé. Dans ce livre aux lignes serrées d’émotion, elle ne cache rien des hauts et des bas, des moments inhumains qui lui rappellent ses lectures sur les camps de la mort, comme des instants de grâce où l’entraide existe. Derrière l’ordre apparemment immuable des murs de la « ville blanche », Marie Depussé Débusque tout le désordre de la vie, même quand elle parvient à son dernier souffle.

Marie Depussé, « La nuit tombe quand elle veut », P.O.L., 128 pages, 12 €. Sortie le 6 octobre 2011.

« Si on se force à aller à l’hôpital il ne faut pas y aller. Il arrive pourtant qu’on se force, quand on rend visite à un ami qu’on n’a pas encore vu couché là. On a peur, de ne pas le reconnaître, de trop sourire. mais si on l’aime, quelque chose en nous s’ajuste, quelque chose de l’ordre de ce qu’on appelle l’âme du violoncelle. » p. 19

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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