Livres

La NRF ou le « passeur »

18 février 2009 | PAR marie

Ce mois-ci, journaux et blogs littéraires rappellent aux lecteurs un anniversaire : celui de la NRF. Créée en 1909 par six écrivains (dont André Gide), la publication a largement dépassé l’espérance de vie moyenne des revues littéraires. Dans ses colonnes ont été publiés Claudel, Proust, Aragon, Artaud, Breton, Supervielle, Ponge, Malraux, Sartre, Faulkner, Tournier, Le Clézio, etc. Surplombant la politique, la religion ou autres guerres idéologiques (parfois jusqu’à l’extrême), la NRF jouait le chasseur de têtes littéraires. Les critiques racontent avec entousiasme ce riche passé… Mais comment se porte aujourd’hui le dinosaure ? Est-il encore influent dans le monde des livres  ou, à l’inverse, en voie d’extinction ?

 

L’influence de la NRF par le passé n’est plus à démontrer, les historiens se font une joie de dérouler les listes des grandes plumes qui ont commencé à être publiées dans ses pages. En 1930, la NRF comptait 12 000 abonnés, en 1953 (après un arrêt de 8 ans pour s’être compromise durant la guerre), 25 000. La publication en était alors à son apogée. Aujourd’hui, 1200 personnes (morales ou physiques, seuls ¼ des abonnés sont des particuliers) la reçoivent dans leurs boîtes aux lettres. La revue, qui est devenue trimestrielle en 1999 pour des raisons économiques, est tirée 4 fois par an à 5000 exemplaires. Etant donné ses « chiffres », la NRF ne se trouve pas en kiosque mais dans les grandes librairies. « En dépit de sa notoriété, la NRF ne diffuse ni plus ni moins que ses héritières ou ses rivales : La Revue littéraire, Poésie, Europe, Critique, L’Atelier du roman, Pylône, Décapage, Inculte… » en conclut Alain-Beuve Méry dans Le monde des livres. La fragilité de la NRF est reconnue par son actuel rédacteur en chef, Michel Braudeau. Ce dernier assure en effet à Bibliobs que l’arrêt de la publication est, chez Gallimard, un « serpent de mer ». Pour autant, dans Le Magazine littéraire, toujours à propos de la santé de la centenaire, le rédacteur conclut « Peut-être en reparlons-nous dans cent ans. » La fin de la publication pourrait ne pas signifier « mort de la revue », internet aidant : ses archives, numérisées par Gallimard, devraient bientôt être accessibles en ligne.

Une survivance qui signifierait que la revue ait conservée, au-delà de sa notoriété, une quelconque utilité ? A son origine, et c’est en général la vocation des revues littéraires, la NRF se voulait un laboratoire de littérature, un dénicheur de talents, « un lieu d’asile, imprenable, ménagé pour le seul talent, le seul génie, s’il veut bien se montrer » (Jacques Rivière, directeur de la NRF de 1919 à 1925). Depuis, les revues littéraires, en premier lieu desquelles celle de Gallimard, ont été soumises à rude concurrence : les éditeurs publient les premiers romans, internet, revue et blogs sont devenus de férus critiques littéraires. En réalité, la dernière « grande » découverte à l’actif de la NRF (que les articles qui lui fêtent son anniversaire ne manquent pas de mentionner) est Jean-Marie Le Clézio. L’écrivain qui a publié son premier roman aux éditions Gallimard en 1962 est devenu par la suite (en 2008) lauréat du Prix Nobel de littérature. Au Figaro magazine, Alban Cerisier (l’auteur d’Une histoire de la NRF, aux éditions Gallimard !) analyse l’importance de la revue aujourd’hui : « Les revues littéraires n’ont plus le même rôle ni la même audience depuis plusieurs décennies. On a assisté à un changement de modèle éditorial, qui a limité leur exposition et leur autorité. Les attentes des lecteurs et des auteurs à leur égard ne sont plus aussi fortes. » Si, comme ses consoeurs, la NRF a perdu quelque peu de son audience, elle n’a « pour autant », rien perdu de « ses valeurs » précise l’historien : « elle a témoigné à sa façon d’une même foi en la littérature, attentive à toutes les voix qui s’y distinguent, tant en poésie, notamment sous la direction de Jacques Réda, qu’en prose, de J.M.G. Le Clézio à Pierre Bergounioux. Et elle demeure, avec Michel Braudeau, très tournée vers l’étranger. » Dans le dernier numéro (588 et numéro anniversaire) de la revue, l’écrivain péruvien Mario Vargas Llosa rappelle que la NRF a « eu un impact énorme à l’étranger », et qu’elle le garde en jouant le rôle de « passeur ». Chaque numéro publie des inédits d’un auteur étranger consacré. Ainsi, même en étant tirée à 5000 exemplaires, la revue demeure très connue hors des frontières françaises, que ce soit dans les bibliothèques internationales, les Alliances françaises ou les universités américaines.

 

MB

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marie

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