Livres

La mère morte

29 août 2010 | PAR Yaël Hirsch

Le premier roman de Judith Perrignon, journaliste à Libération, et co-auteure de livres avec Gérard Garouste et Marianne Denicourt s’intitule « Les Chagrins ». Sobre dans la tristesse, il décrit la vie d’une femme gâchée par le grand amour et la naissance de sa fille à l’ombre de la prison. L’intrigue fonctionne comme un thriller et avance par bouts épars vers la compréhension de cette mère qui s’est éteinte comme une bougie à 22 ans.

Plus personne ne se souvient de la prison de femmes de la Petite Roquette, fermée en 1973. Plus personne sauf la fille d’Helena, qui y est née à la fin des années 1960, après que sa maman a été arrêtée pour hold up de bijouterie. Le « coup » était organisé à deux, avec le seul homme qu’Helena ait jamais aimé et qu’elle a défendu bec et ongle lors de son procès où elle a pris le maximum. Sa fille a été élevée par sa grand -mère; elle est devenue une antiquaire taciturne qui a attendu la mort de sa mère en… 2007 pour éclairer certains aspects de son passé. Un très vieux journaliste – le seul qui, ayant assisté au procès, a écrit un papier un peu empathique- va l’aider dans cette levée des ombres.

Avec beaucoup d’élégance, dans un style aussi sobre et nostalgique que les murs d’une prison disparue Judith Perrignon imagine des missives retrouvées et fait apparaître peu à peu le portrait d’une Helena que l’amour maternel n’a pas réveillé de sa mort de femme. A la fois sublime et monstrueuse dans ce deuil auquel elle a succombé, Helena reste une figure en demi-teinte. A contrario, les personnages de la grands-mère, du père et du journaliste, semblent terriblement humains, incarnant et incarnés d’amours, de souvenirs, de déceptions… bref, de vie… Ce flux d’attention suffit à réchauffer l’œil du lecteur, qui reste sur sa faim quant au véritable mystère du livre : la fille d’Helena, dont on imagine la détresse, sans vraiment pouvoir la mesurer : comment vivre quand on n’a pas été aimé de sa mère? Un beau livre, fort, avec un personnage principal qui rappelle – en plus placide- le personnage passionné qu’interprète Brigitte Bardot dans « La vérité » de Clouzot.

Judith Perrignon, « Les Chagrins », Stock, 17 euros. Sortie le 19 août 2010.

« La première fois que je l’ai vue, c’était dans un bar, je jouais là, avec un pianiste des ballades à la mode, c’était plein de jolies filles qui te souriaient et laissaient du rouge à lèvres sur les filtres de cigarettes. Elle portait un chemisier blanc légèrement transparent sur un soutien-gorge noir. Ses yeux aussi étaient noirs. Elle les plantait dans les tiens et à toi de te démerder avec. Elle ne minaudait pas, elle n’avait pas ces battements de cils qui font des filles des papillons vite attrapés. Son visage pâle était comme une éclipse parmi la foule et la fumée. » p. 144

Rock en seine, Soir 2 : des solaires Two Door à la célébration noire de Massive Attack
Rock en Seine, soir 3 : live report du Final
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *