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La fille aux neuf doigts de Laia Fabregas

24 mai 2010 | PAR Yaël Hirsch

Née à Barcelone, Laia Fabregas est partie travailler à Rotterdam après ses études. Son premier roman « La Fille aux neuf doigts » a fait sensation aux pays-Bas. Et pas seulement parce qu’il a été écrit en néerlandais… Quête onirique d’une jeune femme de 30 ans sur les photos perdues de son enfance, « la fille à neuf doigts » perd habilement le lecteur entre passé et présent, rêve et réalité.

Née dans une famille de résistants aux franquisme, Laura a été élevée comme si elle ne devait rien attendre de la vie. Surtout pas des souvenirs heureux, c’est pourquoi les photos étaient strictement interdites à la maison. Laura s’est donc rendue maîtresse de l’art de la « photo-pensée », une image uniquement imprimée dans l’imaginaire. Ce qui ne l’empêche pas d’enquêter sur les raisons pour lesquelles elle est née avec seulement 9 doigts et de demander régulièrement à sa mère, si vraiment aucune photo n’existe. Vit-elle, ou invente-t-elle la perte romanesque et progressive de ses autres neuf doigts? Qui est Arnau, cet homme de sa vie, le seul à pouvoir la comprendre et croisé à divers âges et dans diverses villes d’Europe? Sa soeur peut-elle l’aider dans sa quête?

Quête des origines poétique d’une jeune trentenaire, « La Fille aux neuf doigts » parlera à tous ceux et celles qui interrogent inlassablement leur histoire familiale. Ce roman est décidément européen, avec notamment de superbes évocations de Prague et du franquisme. Le concept de « photo-pensée », qui a quelque chose d’à la fois post-moderne et d’archaïque, encadre le texte pour tourner la littérature du côté des arts visuels.  Enfin le motif surréaliste de la perte des doigts impressionne durablement. Vous ne regarderez plus jamais aucun outil ou objet tranchant de la même manière!

Laia Fabregas, « La Fille aux neuf doigts », Actes Sud, trad. Arlette Ounanian, sortie le 5 mai 2010, 175 p., 18 euros.

« C’est alors que je le vis, sur le seuil d’une maison, de l’autre côté de la rue. Arnau, son appareil en joue. Et dirigé vers moi. Je regardai à droite, à gauche et derrière moi pour être sûre qu’il n’y avait pas de beauté au sourire photogénique dans les parages. Mais je ne detectai rien de semblable. J’en conclus que c’était bien moi qu’il avait repérée.

Je me levai et je me dirigeai vers lui sous le feu de son appareil. je dus éviter deux tables, prendre un peu à gauche, puis à nouveau à droite. l’objectif continuait à me suivre. Je n’avais pas la moindre idée de ce que j’allais lui dire, je ne savais même pas dans quelle langue je devais m’adresser à lui, je savais seulement que je devais lui parler. » p. 131.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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