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Journal Intime de Sophie Tolstoï : vibrant amour et puissant témoignage littéraire

19 novembre 2010 | PAR Coline Crance

Albin Michel à l’occasion du centième anniversaire de la mort de Tolstoï réédite des œuvres qui lui ont été consacrées « Vie de Tolstoï » de Romain Rolland mais aussi les œuvres de sa femme Sophie Tolstoï. En septembre « A qui la faute – réponse à la sonate à Kreutzer » avait été publié et le mois de Novembre , lui rend en hommage en publiant dans une nouvelle traduction son Journal intime. Son journal intime offre au lecteur un plongé dans l’univers de ce couple phare de la littérature à travers lez yeux du épouse aimante qui a suivit et encouragé tout le long de sa vie l’œuvre littéraire de Léon Tolstoï. Journal intime de Sophie Tolstoï préfacé par sa petite fille , la bouleversante et éclairante Tania Albertini Soukhoutine Tolstoï, est disponible aux éditions Albin Michel depuis le début du mois de Novembre. Prix : 22 euros

Qui était cette Sophie Behrs qui épousa le comte Léon Tolstoï, de seize ans son aîné, alors déjà écrivain très réputé pour Les Récits de Sébastopol,  Les Cosaques,  Amour conjugual ..?

Le Journal intime de Sophie Tolstoï offre des clefs pour comprendre l’influence de cette femme intelligente et passionnée sur l’œuvre de Léon Tolstoï. Plus qu’un témoignage il est l’écho vivant de l’amour qui malgré de nombreuses incompréhensions que l’on décèle entre les lignes, émanait entre eux.

Ils avaient pour habitude non pas de tout se dire mais tout se faire lire. Le Journal intime commence avec le tourment de la jeune épouse qui à peine marier commence à connaître le terrible effroi de la jalousie. Le comte qu’elle admirait tant et dont elle se croyait l’unique, avait aimé avant elle et connu le plaisir de la chair. Il lui avait fait lire avant d’entamer leur vie commune son propre journal intime. Lignes écrites le 8 octobre 1862, peut-être anodines, mais qui font déjà échos aux désaccords sur la fameuse Sonate à Kreutzer. En effet, le soir du 23 janvier 1891 , Sophie Tolstoï écrit alors qu’elle corrige les épreuves de La Sonate Kreutzer : «  Ce soir, j’ai réfléchi qu’une femme jeune aime directement avec son cœur, et se donne volontiers à l’homme aimé, parce qu’elle constate la jouissance qu’elle lui procure. La femme d’âge mûr , après un retour sur le passé , comprend soudain que l’homme l’a aimée seulement quand elle lui était nécessaire (…)Le bonheur ne demeure là où l’esprit et la volonté sont vainqueurs du corps et des passions. Aussi la Sonate à Kreutzer est-elle fausse pour tout ce qui touche à la femme jeune … ( p.183) »  Réflexions en miroir avec son propre vécu ? La jeune Anna , future héroïne  de sa réponse à Sonate à Kreutzer semble être bien proche de la jeune Sophie Behrs si tourmentée le soir de ce 8 octobre 1862…

Ce journal intime est donc le saisissant éclat de leur conflit littéraire et amoureux. Ombre talentueuse et patiente copiste, Sophie Tolstoï s’émeut à chaque ligne d’un moment de confidence avec son mari sur son prochain livre. Scripte patiente , elle lit, relit et réécrit de sa jolie écriture les notes fines et difficilement déchiffrables des épreuves de Guerres et Paix … «  En les transcrivant, je traverse moralement tout un monde d’impressions, de pensées. Rien ne me frappe autant que ses idées, son talent. » ( p.95)

Mais elle est aussi la femme jalouse de l’amitié de Tolstoï pour sa sœur Macha et de son adulation à la fin de sa vie pour Tchertkov, la femme mère profondément meurtrie par la mort de son petit Vanetchka, la femme combattante qui plaide la défense de son mari lors de l’interdiction de la Sonate à Kreutzer en Russie auprès du Tsar, la femme déçue et incomprise par Léon Tolstoï… « vingt ans plus tard, je veille seule toute la nuit , je lis et je pleure cet amour…( p. 133) »

Mais ce journal intime malgré les profonds désarrois auxquels parfois Sophie Tolstoï est confrontée est loin d’être un règlement compte. Ces lignes ne traduisent que l’amour qu’elle porte à son mari et qu’il lui porte. « il m’a dit qu’il m’aimait profondément et qu’il avait été très heureux  sa vie durant auprès de moi. ( p.654)»

Les détracteurs ont parfois vu dans ce couple que l’image même d’une mésentente conjugale, mais à travers les mots de la comtesse, il se lit avant tout le simple reflet de la lente et puissante maturité de l’amour qui l’accompagnera jusqu’au bout de sa vie malgré le départ tragique de Léon Tolstoï juste avant sa mort. « Beaucoup de choses retombent sur Sonia. Nous avons mal pris nos mesures »  sont pourtant les dernières paroles de Léon Tolstoï à sa fille à son chevet de mourant et inquiet au sujet de sa femme.

Puissant témoignage, précieuses mines d’informations pour tous les amoureux de l’œuvre de Léon Tolstoï mais aussi poignant roman d’amour, ce journal intime écrit dans une plume fluide , brillante et sincère est à découvrir et à lire.

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Coline Crance

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