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« Il faut connaître la vérité sur l’affaire Harry Quebert

« Il faut connaître la vérité sur l’affaire Harry Quebert

19 novembre 2012 | PAR La Rédaction

La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert du jeune romancier suisse de 28 ans, Joël Dicker, n’a pas su convaincre le jury du prix Goncourt. Normal, disait-on, ce livre est écrit sans style, sans véritable travail sur la langue. Cela n’est pas faux puisque toute la force du livre réside dans la construction d’une intrigue opaque, vénéneuse, à laquelle aucun lecteur ne saurait se soustraire plutôt que dans l’expression d’une singularité linguistique. Et c’est bien là la raison de son couronnement au Grand prix du roman de l’Académie française et au Goncourt des Lycéens.


Marcus Goldman, le héros de Joël Dicker -et peut-être aussi son avatar- est un jeune homme brillant de la côte est des Etats-Unis. Epris de littérature, il écrit depuis le collège mais ne rencontre pas le succès qu’il imaginait avoir en se rêvant écrivain. Un grand écrivain. Un vrai, comme Harry Quebert, l’immense auteur des Origines du mal qui enseigne à l’université de Burrows où étudie justement Marcus. La rencontre entre le lion consacré des lettres américaines et un jeune loup habité par l’impératif d’écrire donnera lieu à une relation digne de l’Antiquité où le maître et son disciple vivront ensemble les aventures littéraires, s’admirant pudiquement l’un l’autre. D’ailleurs, comme dans les gymnases grecs, les deux amis pratiqueront the noble art : la boxe – utilisée tout au long du livre comme une métaphore du travail d’écriture. Un mélange d’Hemingway et de Socrate, dans les couloirs d’une université du New Hampshire.

Mais un jour tout bascule. En pleine campagne présidentielle de 2008, Harry Quebert est soupçonné d’avoir assassiné dans la nuit du 30 août 1975 Nola Kellergan, une mineure de 15 ans avec qui il aurait eu une relation. Marcus, devenu entre-temps écrivain à succès, est quant à lui harcelé par son éditeur qui lui réclame son deuxième livre comme le stipule son contrat. La vie New yorkaise et la gloire littéraire l’ont éloigné de son maître, retiré sur la côte, à Aurora. Mais lorsqu’il apprend la nouvelle, fidèle à celui qui lui a tout appris, mais surtout convaincu de son innocence, Marcus décide de s’installer à Aurora et de mener son enquête. Au diable l’éditeur et ce second roman qu’il ne parvient pas à écrire, du moins pour l’instant…

Avec son titre un peu austère et sentencieux, La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert est un thriller dont il est difficile d’interrompre la lecture. Jusqu’au bout, le suspense et les zones d’ombres sont entretenus avec un vrai souci des effets provoqués. L’enquête se déploie avec les éléments que récolte Marcus, mais aussi avec des récits rétrospectifs, des lettres d’amour ou de menaces, des pages de journaux intimes, des coupures de brouillons, des manuscrits de romans, d’archives policières. Et c’est ce foisonnement de discours qui donne son ampleur et sa complexité à l’intrigue. De même, la multiplicité et la profondeur des caractères, le sens des destinées et des rapports sociaux sont les gages d’un roman au réalisme surprenant mais qui ne s’interdit pas la satire. Au fil des pages la vérité se rapproche, et l’auteur offre en parallèle une réflexion sur la littérature en 31 leçons, minimalistes et dialoguées. Comme s’il voulait réconcilier la littérature pour la littérature, et la littérature pour l’histoire et les personnages.

Finalement, Joël Dicker montre qu’il y a une quantité inépuisable de mobiles capables de s’enchevêtrer pour conduire au meurtre. Et c’est sans compter les lois du hasard. Car l’auteur ne cache jamais qu’il choisit tout, décide de tout du destin de ses personnages, et par là-même choisit tout du nôtre, lecteurs. Et parfois, Dicker s’amuse. C’est probablement cette dimension du pouvoir romanesque qui a tant séduit les lycéens. Ils ont bien raison car c’est cela la littérature. La seule.

La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert, Joël Dicker, ed. de Fallois/ L’âge d’Homme, 665 p., 22€

 

Guillaume Pinçon.

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