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Franz Stangl et moi de Dominique Sigaud : la journaliste et la mort

Franz Stangl et moi de Dominique Sigaud : la journaliste et la mort

20 juillet 2011 | PAR Yaël Hirsch

La journaliste et écrivaine Dominique Sigaud se plonge dans la psychologie de l’ancien commandant des camps d’extermination de Sobibor et de Treblinka, Franz Stangl et offre avec ce roman une autre variation énigmatique sur la discipline bureaucratique que demande la fabrication démentielle de cadavres. Originalité ? Le fameux « et moi » qui voudrait que l’auteure s’implique et noue une relation littéraire avec Stangl. Sortie le 17 août 2011 chez Stock.

Dominique Sigaud suit les trajectoires de plusieurs grands hommes nés en 1908 : l’industriel Oskar Schindler, le chef d’orchestre Herbert von Karajan, le rescapé et pourchasseur de criminels de guerre Simon Wiesenthal et le commandant du camp de Treblinka Franz Stangl. C’est sur la psychologie de ce dernier que l’auteure s’apesantit, sa défense à la Eichmann sur l’exécution pure et simple des ordres. En pariant que suivre, encore une fois, les méandres d’une figure dont la mort était le métier peut l’éclairer sur sa réalité contemporaine et humaine de femme née après ce qu’elle appelle étymologiquement « la Werra », la guerre et la destruction.

Truffé de faits historiques importants sur la Shoah, et nourri de citations d’Agamben et de Vassili Grossman, le livre hybride de Dominique Sigaud ne convainc pas. Malgré le travail d’écriture en fragments, rien de nouveau sous le soleil aride de la banalité du mal. L’écriture est trop peu personnelle, malgré les promesses du titre. L’impact du sujet sur la vie de l’auteur est souvent évoqué (elle regarde un extrait de Shaoh le jour de son anniversaire, elle a la grâce de la naissance de ceux qui sont nés après….) mais jamais réellement creusé. Et malgré des tentatives de novlangue et l’abrasion des articles devant Shoah ou 2de GM, l’écriture obscure tord et distord une réalité indépassable et incompréhensible sans lui apporter d’éclairages nouveaux.

Dominique Sigaud, Franz Stangl et moi, Stock, 220 p., 18 euros, sortie le 17 août 2011.

« Franz Stangl m’avait donné tout ça à la fois. Un cadeau démesuré. Il me fallut longtemps pour comprendre; c’est pour ça que je m’étais approchée de lui. » p. 78

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

3 thoughts on “Franz Stangl et moi de Dominique Sigaud : la journaliste et la mort”

Commentaire(s)

  • chantal Dahan

    Je comprends bien que la critique est difficile, mais la lecture de la vôtre m’oblige à rectifier quelques maladresses de votre part.
    La lecture du roman de Dominique Sigaud mêle une réflexion sur le monde d’aujourd’hui à partir d’un dialogue imaginaire avec Frantz Stangl, acteur actif de la solution finale, et n’est pas (seulement) me semble-t-il la suite d’une réflexion sur la banalité du mal. Elle ne suit aucunement le destin des autres personnages de la même période (Oscar Schindler, Herbert Von Karajan, Simon Wiesenthal,etc), ils ne sont là que pour montrer les autres choix de vie possibles au même moment et rompt par là l’idée de la fatalité du destin.
    C’est bien une tentative « d’éclairer la réalité contemporaine et humaine » comme vous le soulignez. Pour se faire, elle utilise son arme, l’écriture. Celle-ci vise bien à tordre et à distordre une réalité présentée comme « impensable », « inimaginable » qui a figé la pensée depuis bien longtemps. Son écriture singulière, écriture de fiction est peut-être la seule à pouvoir s’introduire dans les fissures pour soulever ce couvercle de plomb qui n’empêche pas « la Werra » de se poursuivre.
    Elle n’est pas une femme née après la « Werra » comme vous le dites, elle est le témoin de celle qui continue chaque jour sous nos yeux (au Rwanda ou ailleurs) et que l’idée d’une réalité indépassable de la Shoah nous empêche de voir.

    juillet 21, 2011 at 13 h 36 min
  • Sigaud Dominique

    J’aurais préféré, évidemment, que vous lisiez le livre avant d’en faire cette critique ; vous auriez vu que je ne suis pas les trajectoires de Karajan, Wiesenthal et Schindler (ils ont droit chacun à 2 phrases) ; mais également que le visionnage de Shoah à mon anniversaire -que vous écrivez Shaoh- est loin d’en être le seul impact mentionné sur mon existence. Le procédé, au mieux, m’a semblé étroit, au pire frisant la malhonnêteté intellectuelle puisque vous semblez par ailleurs, via l’emploi de novlangue et abrasion notamment, être attaché à une langue de décryptage relativement intellectuelle.

    juillet 30, 2011 at 16 h 33 min
  • Yaël Hirsch
    yael

    Madame Dahan, Madame Sigaud,

    Merci beaucoup pour vos commentaires qui, je l’espère, donneront envie aux lecteurs d’aller creuser plus loin que ma toute petite chronique et lire le roman.

    J’ai certainement très mal compris le message du livre -que j’ai vraiment lu de A à Z, c’est promis, sinon, je ne chronique pas. Il m’a semblé que la mention des diverses trajectoires possibles pour des allemands nés en 1908 était importante. J’ai certainement eu tort.
    Je crois que j’ai surtout mal compris le pacte entre l’auteur et le lecteur. Ce que je me suis juste permise de dire.

    Est-ce « malhonnêteté intellectuelle? », je ne crois pas. J’aime aimer, j’aime apprendre et dans le cadre de ce webzine, j’essaie le plus honnêtement possible de dire aux lecteurs en quoi telle ou telle lecture m’a apporté de nouveaux éléments de compréhension du monde. Dans le cadre de ce roman, je n’ai pas vu où vous vouliez nous mener, Madame Sigaud. Or je crois avoir eu à ma disposition les outils intellectuels et vraiment l’envie de le comprendre, surtout sur un tel sujet.

    Je laisse mon horrible faute de frappe sur « Shoah » de Lanzmann telle quelle, afin que la suite de ces commentaires fassent sens.

    Bien à vous,

    Yaël Hirsch

    juillet 30, 2011 at 23 h 58 min

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