Fictions

Une lecture qui en vaut la peine pour « Une mort qui en vaut la peine » de Donald Ray Pollock

Une lecture qui en vaut la peine pour « Une mort qui en vaut la peine » de Donald Ray Pollock

26 octobre 2016 | PAR Julien Coquet

Une galerie de personnages attachants, dégoutants et étranges fait du deuxième roman de Donald Ray Pollock un très bon divertissement.

[rating=4]

Originaire de l’Ohio, Donald Ray Pollock s’est fait connaître en France grâce à son roman Le Diable, tout le temps (Albin Michel, 2012) élu Meilleur Livre de l’année 2012 par la rédaction de LIRE, et récompensé par le Grand Prix de Littérature policière et le Prix Mystère de la critique. Ici, l’action prend place en 1917 dans l’Etat originaire de l’auteur. Les Etats-Unis viennent de rentrer en guerre et s’apprêtent à envoyer leurs soldats en Europe, le mythe des cowboys n’est pas si loin et dans des lieux si reculés, il est bien rare de voir une voiture.

Les trois fils du vieux Jewett sont fatigués de leur père et de la vie de misère qu’ils mènent de petit boulot en petit boulot. Mais une fois leur père décédé, Cane, l’aîné et la tête de la famille, Cob, le frère un peu attardé et Chimney, le jeune vulgaire décident de prendre leur existence en main. Dans ce livre qu’ils ont lu tant de fois, le gangster Bloody Bill ne mène-t-il pas une vie heureuse en braquant des banques ? Inspiré par la littérature de bas étage qui a bercé leur enfance, les trois frères commettent méfaits sur méfaits et s’aliènent une partie de l’Ohio contre eux prête à tout pour récupérer la mirifique rançon.

Au cours de ce périple et de cette chasse à l’homme, on croisera le lieutenant Vincent Bovard, tout nouveau dans le Camp Pritchard et engagé depuis peu dans l’armée à la suite de ses lectures de batailles latines et de son attirance pour les hommes. Ellsworth, paysan fatigué dont le fils a quitté le foyer sans prévenir mais qui a heureusement une femme aimante. On ferra aussi la rencontre d’un psychopathe, Pollard, qui sert des bières dans son bar peu ragoutant et qui profite de l’ivresse de ses clients pour les découper dans l’arrière salle. Et aussi Jasper, à l’engin démesuré, qui s’occupe de surveiller les cabinets des concitoyens de la bourgade pour les questions d’hygiène. Etc.

Bref, vous l’aurez compris, l’auteur dresse une véritable galerie de personnages. On se prend d’affection pour les trois frères, on déteste certains visages, on éprouve de la pitié et de l’empathie pour d’autres. Le véritable talent de Donald Ray Pollock est d’avoir su créer un véritable monde peuplé de personnages dont les caractéristiques sont propres et loin des clichés. Le lecteur sera émerveillé de retrouver des personnages dont il avait oublié l’existence au fur et à mesure de la lecture. Ce roman est un roman choral comme il existe des films choraux (Magnolia, Short Cuts, etc.) : tous les personnages sont liés et le lecteur découvre ce système peu à peu.

Bien écrit, Une mort qui en vaut la peine (titre original : The heavenly table, qui prend tout son sens) se lit sans problème. On pourra regretter quelques longueurs, le temps de rentrer dans l’histoire, mais le roman est remarquable pour son côté grotesque. On pense aux frères Coen pour l’absurdité, à Peckinpah pour la débauchede violence, aux vieux westerns d’Anthony Mann, etc. Quel plaisir !

Donald Ray Pollock, Une mort qui en vaut la peine, Editions Albin Michel, 576 pages, 22,90€

Date de parution : 3 octobre 2016

Visuel : couverture du livre

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