Fictions
Thomas Clay décrit les lois du sarkozysme chez Odile Jacob

Thomas Clay décrit les lois du sarkozysme chez Odile Jacob

23 juin 2013 | PAR Jean-Paul Fourmont

Professeur agrégé en droit privé, doyen honoraire de la faculté de droit et de sciences politiques de l’Université de Versailles-Saint-Quentin et vice-président de la même Université, Thomas Clay est également associé gérant de Corpus Consultants et membre du club « Droit, justice et sécurité ». Il vient de publier Les lois du sarkozysme, ouvrage récemment paru aux éditions Odile Jacob.

Thomas Clay, Les lois du sarkozysmeL’IDÉOLOGIE SARKOZYSTE
Souvent, le quinquennat précédent a été présenté comme confus et sans idée force. Nicolas Sarkozy aurait été beaucoup trop réactif. Pourtant, Thomas Clay prétend au contraire que l’action de l’ancien chef d’Etat était structurée par une véritable idéologie, que seul le temps peut aider à mettre à jour. L’aventure sarkozyste se traduisit, notamment, par une remise en cause des bases de la société française ainsi que par la promotion de valeurs nouvelles.

LA DESTRUCTION MÉTHODIQUE DES VALEURS DU PACTE RÉPUBLICAIN
Les principales lois de notre pacte républicain datent de la IIIe République, et plus spécialement de la période où Clémenceau dominait le monde politique (1905-1907), ainsi que de la Libération (1944-1946). A cette époque, Charles de Gaulle et les différentes mouvances de la Résistance jouèrent un rôle éminemment décisif.

Nicolas Sarkozy s’efforça de liquider certains des principes consacrés par les grandes lois de la IIIe République, comme la laïcité, l’identité nationale, la liberté, le patrimoine, la protection du consommateur et le travail.

Le leader de la « droite décomplexée » tenta aussi d’en finir avec les acquis de l’après-guerre et notamment avec les droits de nature économique et sociale « particulièrement nécessaires à notre temps » auxquels le préambule de la Constitution de 1946 faisait référence. Il s’agissait, entre autres, du droit de grève et de la sécurité sociale.

L’INSTALLATION MÉTHODIQUE DES VALEURS DU SARKOZYSME
Tout en étant issu des « restes du RPR », Nicolas Sarkozy fut le président le plus pro-américain de la Cinquième République, ce qui est piquant lorsque l’on se souvient de l’attitude à tout le moins circonspecte du général de Gaulle à l’égard de l’influence des Etats-Unis d’Amérique.

Sous le quinquennat précédent, tout fut réalisé pour rapprocher l’Hexagone des Américains. Le professeur Thomas Clay cite par exemple la discrimination positive, la possibilité pour le président de tenir un discours devant les parlementaires réunis en Congrès (en vue de « singer » le discours annuel sur l’état de l’Union du président américain), la procédure du plaider-coupable (inspiré du plea bargaining), le contrat de partenariat public (qui dérive du private finance iniative) et la controversée réintégration de la France dans certaines structures de l’OTAN.

Le constat de l’auteur fait écho à celui d’un universitaire américain de Yale, James Q. Whitman. Ce professeur de droit publia, à ce propos, une tribune dans « Libération » (« La justice française vers une américanisation », 27 nov. 2003, p. 36).

Le « candidat sortant » n’eut de cesse de faire la promotion de l’individualisme, fondateur d’un nouveau paradigme tout à fait distinct des traditions françaises. Dans cette perspective, rompant avec ses prédécesseurs en initiant une politique d’ouverture tous azimuts, Nicolas Sarkozy s’efforça de nommer à des postes importants des personnalités qu’il jugeait méritantes. Ce fut par exemple le cas de Rachida Dati, de Fadela Amara et de Frédéric Mitterrand.

Clair et argumenté, l’ouvrage du professeur Thomas Clay est un véritable réquisitoire contre Nicolas Sarkozy. Le droit français a toujours été fasciné par le modèle américain, censé représenter la quintessence de la modernité et être le meilleur système au monde. Combien d’étudiants dissertèrent en effet sur les avantages respectifs des procédures inquisitoire ou accusatoire ? Ou bien sur les pouvoirs du juge d’instruction ? Cette situation est quelque peu surprenante, puisque les Etats-Unis d’Amérique sont, avec la Chine, l’un des derniers grands pays à pratiquer la peine de mort.

Les exemples présentés comme attentatoires au pacte républicain sont pertinents et tracent subtilement les contours de la subversion sarkozyste du modèle français, mais il ne faut pas oublier la tentative de remise en question du principe d’irresponsabilité des « infans », lequel date du… droit romain.

Thomas Clay, « Les lois du sarkozysme », éditions Odile Jacob, 7 mars 2013, 75 p., 13,90 euros.

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Jean-Paul Fourmont
Jean-Paul Fourmont est avocat (DEA de droit des affaires). Il se passionne pour la culture, les livres, les gens et l'humanité. Contact : [email protected]

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