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Le droit à l’avortement hier et aujourd’hui : du crime au « principe fondamental »

Le droit à l’avortement hier et aujourd’hui : du crime au « principe fondamental »

05 avril 2018 | PAR Aurore Garot

Plus de 40 ans après la publication du « Manifeste des 343 salopes » dans le Nouvel Observateur et de la mise en vigueur de la loi Veil qui a légalisé l’IVG (Interruption Volontaire de Grossesse), le Sénat étudie une proposition de loi d’élus communistes, visant à inscrire le droit à l’avortement dans la Constitution.

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En ce jeudi 5 avril 2018, 46e anniversaire du « Manifeste des 343 salopes », le débat sur l’avenir du droit à l’IVG refait surface. Présenté par des élus communistes dont Eliane Assassi (Seine-Saint-Denis), Laurence Cohen (Val-de-Marne) et Dominique Watrin (Pas-de-Calais), le projet de loi élevant le droit à l’avortement au « rang de principe fondamental de notre République » est actuellement étudié par le Sénat pour potentiellement l’inscrire dans l’article 34 de la Constitution. Le texte avait été déposé symboliquement à quelques jours de la présidentielle, le 3 mai 2017 alors que le président de la France Insoumise Jean-Luc Mélenchon en avait fait un des principaux points de sa campagne. En 1975, Simone Veil, ministre de la santé et porteuse de la loi légalisant l’avortement, était pourtant critiquée par ses collègues sénateurs qui n’hésitaient pas à tenir à son égard, des propos violents.

Le débat commence cependant quelques années auparavant. Le 5 avril 1971, le Nouvel Observateur publie à la Une « la liste des 343 Françaises qui ont le courage de signer le manifeste “Je me suis fait avorter” » mis en place par Anne Zelensky et Christine Delphy avec l’aide de Simone de Beauvoir. Parmi elles, de grands noms apparaissent aux yeux des lecteurs comme ceux de Catherine Deneuve, Marguerite Duras, Jeanne Moreau, Colette Aubry, ou encore Françoise Sagan. 343 femmes déclarent ainsi publiquement avoir eu recours à l’IVG (Interruption Volontaire de Grossesse), malgré l’interdiction pénale encore en vigueur en France. L’objectif ? Légaliser cette pratique faite à l’époque « dans des conditions dangereuses en raison de la clandestinité à laquelle elles sont condamnées alors que cette opération, pratiquée sous contrôle médical, est des plus simples » et qui concerne un million de femmes par an, explique le document qui portera quelques jours plus tard, en réponse à la couverture de Charlie Hebdo (« qui a engrossé les 343 salopes du manifeste sur l’avortement »), le nom de « Manifeste des 343 salopes », symbole de lutte contre le patriarcat sous-jacent à l’insulte.

« Un appel de 343 femmes. Un million de femmes se font avorter chaque année en France. Elles le font dans des conditions dangereuses en raison de la clandestinité à laquelle elles sont condamnées alors que cette opération, pratiquée sous contrôle médical, est des plus simples. On fait le silence sur ces millions de femmes. Je déclare que je suis l’une d’elles. Je déclare avoir avorté. De même que nous réclamons le libre accès aux moyens anticonceptionnels, nous réclamons l’avortement libre. »

– Le Manifeste des 343

Les dés sont jetés, la question de l’avortement sort au grand jour. Un an plus tard, lors du procès de Bobigny, une jeune fille de 16 ans est acquitté (une première dans l’histoire du pays) alors qu’elle a eu recours à l’avortement après avoir été violée par ses camarades. En 1973, ce sont 331 médecins qui « s’accusent » d’avoir pratiqué des avortements clandestins, dans un autre manifeste publié par le Nouvel Observateur. Il faut attendre 1975 pour que le droit à l’IVG entre en vigueur à travers la loi de Simone Veil, 1982 pour qu’il soit remboursé par la Sécurité sociale et 1993 pour que soit mis en place le délit d’entrave à l’avortement (élargi en 2014 puis 2017).

Du crime au droit, passera-t-on du droit au « principe fondamental » inscrit dans la Constitution ?

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