Fictions
Sélection poche : de l’enfance en littérature

Sélection poche : de l’enfance en littérature

16 novembre 2014 | PAR Audrey Chaix

Dans cette nouvelle sélection de livres de poche, c’est l’enfance qui est à l’honneur. Trois romans, trois histoires d’enfants qui, dans leurs relations aux adultes aussi bien qu’au monde qui les entoure, dessinent une histoire de l’humanité en perpétuel changement. 

une-enfance-de-jesus-coetzeeUne enfance de Jésus, de J. M. Coetzee

[rating=4]

Dans un pays qui ressemble à l’Espagne, deux immigrés arrivent d’on ne sait vraiment où. Aucun lien du sang ne les unit, mais cet homme d’un certain âge, Simon, prend soin du petit David comme s’il était son petit-fils. L’enfant a perdu sa mère, mais Simon en est sûr, elle n’est pas loin et il saura la reconnaître. Au détour d’un chemin, il confie l’enfant à une étrangère dont il est persuadé qu’elle est la mère du petit – sa mère spirituelle, en tout cas. Jamais le passé ne fait surface alors que ce drôle de trio tente de créer l’avenir.

Coetzee laisse peu de repères dans cet étrange roman. La référence religieuse du titre donne quelques pistes – l’enfant, David, incarne peut-être l’enfant Jésus, ou bien est-il le roi d’un peuple, à l’image du roi des Juifs ? Et qui est ce Simon qui veille sur lui – un Joseph d’Arimathie chargé de faire l’éducation du petit garçon, dont l’esprit brillant ne se trouve guère à son aise sur les bancs de l’école ? Coetzee pose plus de questions qu’il ne donne de réponses, mais il le fait sans jamais perdre de vue le fil narratif de ce roman qui affirme que la véritable famille est celle que l’on se crée plus que celle dans laquelle on naît.

Une enfance de Jésus, de J. M. Coetzee. Traduit de l’anglais (Afrique du Sud) par Catherine Lauga du Plessis. Editions Points. Paru le 21 août 2014. 360 p. Prix : 7,60 €.

Les jumeaux de Black Hill, de Bruce Chatwin

[rating=4]

jumeauxblackhillInitialement publié au début des années 1980, le roman Les jumeaux de Black Hill retrace la vie de Benjamin et de Lewis, deux jumeaux nés au début du 20e siècle dans un petit village paysan du Pays de Galles. Deux êtres tellement proches que l’un sent les douleurs de l’autre, même à distance, et qui ne se marièrent jamais pour vivre toujours ensemble. Autour d’eux gravitent des villageois tous plus pittoresques les uns que les autres, et dont les chroniques mettent en scène la vie paysanne au fur et à mesure que le siècle avance.

Avec une grande maestria, Chatwin parvient ici à parler d’un amour fraternel à toute épreuve, de la fin d’un monde alors que les avancées techniques signent l’arrêt de mort de la paysannerie, ainsi que des passions humaines qui agitent les personnages du roman. Une belle histoire du 20e siècle.

Les jumeaux de Black Hill, de Bruce Chatwin. Traduit de l’anglais par Georges et Marion Scali. Editions Le Livre de Poche. Paru le 08 octobre 2014. 384 p. Prix : 6,90 €.

Annabel, de Kathleen Winter

[rating=5]

annabelleDans un petit village du Labrador, au Canada, naît un étrange enfant : seuls ses parents et la femme qui l’a mis au monde savent que Wayne est hermaphrodite, et que se cache, sous ses apparences de garçon, une fille, Annabel. Car le père de Wayne a décidé que son enfant serait un garçon, et le secret doit rester caché. Mais Wayne grandit, et aussi bien physiquement que psychologiquement, il sent bien qu’il n’est pas comme les autres.

Kathleen Winter signe ici un roman somptueux sur la question de l’hermaphrodisme, et sur la façon qu’a chacun de gérer cette différence. Son écriture poétique convoque à la fois la nature et la culture, comme pour montrer que les origines de l’homme comptent autant que ses accomplissements, et que l’on devient ce que l’on décide, même si on ne peut renier qui l’on est à la naissance. Le quatuor que forment Wayne, ses parents et Thomasina, la voisine qui connaît le secret, est le socle parfait sur lequel Winter a bâti son histoire, tant les rapports entre chacun sont complexes et intelligemment décrits. Car le secret de Kathleen Winter, c’est bien de montrer comment les relations entre les hommes permettent aux uns et aux autres de se sauver, même si tout paraît perdu d’avance. Annabel est donc un très beau roman d’apprentissage autant qu’il est une belle leçon d’humanité.

Annabelle, de Kathleen Winter. Traduit de l’anglais (Canada) par Claudine Vivier. Editions 10 18. Paru le 04 septembre 2014. 480 p. Prix : 8,80 €.

Visuels : couvertures des romans

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Audrey Chaix
Professionnelle de la communication, Audrey a fait des études d'anglais et de communication à la Sorbonne et au CELSA avant de partir vivre à Lille. Passionnée par le spectacle vivant, en particulier le théâtre, mais aussi la danse ou l'opéra, elle écume les salles de spectacle de part et d'autre de la frontière franco-belgo-britannique. @audreyvchaix photo : maxime dufour photographies.

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