Fictions

« Quand le ciel se déchire » de Thomas McGuane : Description des Etats-Unis

« Quand le ciel se déchire » de Thomas McGuane : Description des Etats-Unis

22 avril 2019 | PAR Julien Coquet

45 nouvelles de l’écrivain proposent des moments charnières d’une existence, de questionnements ou même des portraits de vie dans une Amérique rurale.

Des chiens partout, dans chaque nouvelle de Thomas McGuane. Le meilleur ami de l’homme, certes, puisqu’il tient compagnie et aide à chasser. Dans Quand le ciel se déchire, on est forcément à la campagne, où les étendues sans fin règnent, où les grandes villes sont si loin qu’elles font le projet de voyage et où l’horizon sans fin est porté par les champs. A territoire rural, personnages ruraux. Des fermiers, des chasseurs, des médecins de campagne et parfois des juges, des notables, des infirmières… Tout cela concourt à dresser le portrait d’une Amérique un peu perdue, éloignée de de la mondialisation et des nouvelles du monde, une Amérique peut-être oubliée mais qui ne passe pas à côté de certains moments de bonheur.

Dans « Le millionnaire », une famille se réunit dans une maison de location construite au bord d’un lac pour procéder à l’accouchement de la jeune fille loin des regards de tous, avant de faire adopter le bébé à un couple stérile. Un veuf obsédé par sa voisine se retrouve à conduire celle-ci, nymphomane, en prison, où elle satisfait à ses désirs dans « Comme une feuille ». Dans « Chiens », c’est Howie Reed qui perd la tête après avoir pris un coup de batte au pique-nique du rodéo et, alors que tout semble normal, les chiens de la ville disparaissent un à un… On rencontre aussi dans Quand le ciel se déchire du harcèlement scolaire, des hommes et des femmes qui se battent contre la mort, un avocat associé qui a bien du mal à trouver sa place, un projet de voyage avorté, etc.

Il est dommage que la date de parution des nouvelles ne figure pas car ces nouvelles, écrites sur plus de 40 ans, traduisent sûrement une évolution du style de McGuane. La poésie côtoie les tournures de phrase improbables (qui, en entendant des voleurs dans sa maison, s’exprime ainsi : « Il n’avait pas dormi très longtemps quand il fut réveillé par des bruits provenant de la cuisine. Manifestement, des cambrioleurs étaient entrés dans la maison. »). Il faut aimer la nature et les gens pour aimer Quand le ciel se déchire.

« Homer Newland, avocat associé dans un grand cabinet de Boston, et spécialisé dans la réglementation des franchises, avait eu une très longue et éminente carrière. Il prit finalement sa retraite à l’âge de soixante-quinze ans alors qu’il pouvait encore rendre de signalés services, en comprenant que sa présence au travail avait quelque chose de surprenant et qu’il lui fallait de plus en plus souvent démontrer, en présence de nouveaux clients, qu’il avait encore toute sa tête. C’est alors qu’il entreprit de donner substance à un rêve de toujours et qu’il retourna vivre dans l’Ouest où il avait grandi mais qu’il eut quelque mal à comprendre après une aussi longue absence. Pendant des dizaines d’années, il avait exprimé ce souhait de rentrer un jour au pays, mais quand il le fit pour de bon, il plongea dans un désespoir sans fond. »

Quand le ciel se déchire, Thomas McGuane, Christian Bourgois éditeur, 672 pages, 25 euros

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Julien Coquet

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