Fictions
« Oona & Salinger », le dernier Beigbeder : amour et fascination de l’écrivain pour ses idoles

« Oona & Salinger », le dernier Beigbeder : amour et fascination de l’écrivain pour ses idoles

22 août 2014 | PAR Audrey Chaix

En 1940, le jeune Salinger, aspirant écrivain, rencontre la ravissante Oona O’Neill, fille du célèbre dramaturge américain et it girl new yorkaise. Deux ans avant que les Etats-Unis ne s’apprêtent à envoyer sa jeunesse en Europe pour lutter contre le nazisme, les deux jeunes gens vivent une innocente histoire d’amour, une note de bas de page dans la vie de l’auteur de Catcher in the Rye (L’Attrape-cœurs) et de la dernière femme de Charlie Chaplin. Beigbeder, lui, y a vu la plus grande source d’inspiration de Salinger. Oona & Salinger est donc l’histoire de cette rencontre ainsi que la fin de l’idylle, alors que Salinger découvre les atrocités de la guerre et des camps de concentration tandis qu’Oona mène une existence dorée sous le soleil californien à Los Angeles, où elle rencontre Chaplin. 

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Fasciné par Salinger, c’est au détour d’un voyage aux Etats-Unis, à la rencontre du grand écrivain, que Beigbeder croise l’image d’Oona O’Neill, par le biais d’une photographie (celle qui illustre le roman) accrochée au mur d’une cafétéria du New Hampshire. Si sa tentative de rencontrer Salinger échoue – à quelques mètres de son domicile, Beigbeder se dégonfle, persuadé que l’écrivain va l’envoyer promener, c’est aussi le début d’une grande histoire de fascination pour la beauté brune et lumineuse de la fille d’Eugene O’Neill. Parce qu’il découvre que Salinger et Oona ont vécu une amourette au début des années 1940, avant que le jeune homme ne s’engage dans l’armée américaine, Beigbeder imagine la romance entre ces deux jeunes gens, ainsi que leur correspondance une fois Salinger parti en Europe – le Salinger Estate a toujours refusé de dévoiler cette correspondance – pour faire d’Oona la muse de l’auteur de The Catcher in the Rye.

L’histoire est alléchante et les personnages fascinent, d’Eugene O’Neill à Charles Chaplin, en passant par Truman Capote, Orson Welles, Ernest Hemingway… Pour raconter l’histoire d’Oona et de Salinger, Beigbeder convoque le Panthéon de la culture littéraire et cinématographique des Etats-Unis dans la première moitié du 20e siècle, et on lui pardonne son enthousiasme de fan boy légèrement coupable de name dropping alors qu’il romance la vie des stars.

Cependant, si l’on s’amuse de parcourir très facilement cette charmante bluette, contrebalancée par la découverte macabre des camps de concentration par Salinger, qui donne plus de profondeur à l’œuvre, l’intrusion presque constante de Beigbeder finit par agacer. Cela commence dès l’introduction  – mais l’on excuse la volonté de l’auteur d’expliquer le choix de son sujet. Après tout, le premier chapitre embarque le lecteur dans le vif du sujet, l’histoire de la rencontre entre Oona et Jerry. Malheureusement, jamais le narrateur ne se fait oublier : c’est tout à fait intéressant lorsqu’il utilise la première personne qui porte un regard attendri et rétrospectif sur les jeunes gens et leur époque, ça devient beaucoup plus agaçant et pompeux quand il digresse pour raconter sa propre vie – comparer le débarquement à la pratique de stand up paddle de l’auteur sur les plages de Guéthary, la bataille de la forêt de Hürtgen à sa propre expérience du service militaire, et surtout, clore le roman par sa rencontre avec sa future femme sur « My Heart Will Go On » de Céline Dion… On est tenté de penser que cela relève d’un nombrilisme de fort mauvais goût, d’autant plus décevant que le travail de réécriture de la genèse de The Catcher in the Rye séduit le lecteur, qu’il ait ou non lu – ou aimé ! – le roman de Salinger.

Ainsi, Beigbeder signe un roman qui ressort comme joliment touchant dans les chapitres où il laisse sa plume raconter l’histoire fantasmée, bien que fondée sur des anecdotes véridiques, de la relation entre Oona et Salinger. Cependant, Oona & Salinger devient profondément rasoir lorsque l’auteur semble utiliser cette histoire pour justifier sa propre attirance pour les femmes de vingt ans ses cadettes, dont celle qu’il a récemment épousée, et à qui il dédie le roman.

Oona & Salinger, de Frédéric Beigbeder. Editions Grasset. Parution : 20 août 2014. 336 p. Prix : 19 €.

Visuel : couverture du livre

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Audrey Chaix
Professionnelle de la communication, Audrey a fait des études d'anglais et de communication à la Sorbonne et au CELSA avant de partir vivre à Lille. Passionnée par le spectacle vivant, en particulier le théâtre, mais aussi la danse ou l'opéra, elle écume les salles de spectacle de part et d'autre de la frontière franco-belgo-britannique. @audreyvchaix photo : maxime dufour photographies.

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