Fictions

« Murène », un chef d’oeuvre âpre de Valentine Goby

« Murène », un chef d’oeuvre âpre de Valentine Goby

16 août 2019 | PAR Yaël Hirsch

L’auteure de Kinderzimmer (2013) et Des corps en silence (2010) poursuit son oeuvre « adulte » là où l’humain est en question. Suivant le parcours d’un jeune homme foudroyé et amputé des deux bras des années 1950 aux années 1970, Murène est un hymne discret à la résilience, une épopée discrète et un grand roman.

François Sandre a 21 ans, une amoureuse, un sœur fantasque, une mère anglaise et l’avenir devant lui. Dans les Ardennes, un soir de neige, il ne voit pas un panneau de danger et est frappé par de la haute tension. Découvert grillé dans la neige par un enfant, il est transporté sans grand espoir de survie à l’hôpital de V. Le cœur bat encore mais les brûlures sont terribles, surtout sur les bras. Pour le sauver le chirurgien lui ampute une, puis les deux épaules. Contre toute attente et avec les soins attentifs de l’infirmière Nadine et les messages de sa mère qui n’a pas le droit d’entrer dans sa chambre stérile mais reste derrière la porte, il survit. Mais alors que l’amputation extrême empêche même l’adjonction de prothèses, peut-il revenir à la vie ?

C’est ce qu’explore avec minutie, beauté et sans voyeurisme Valentine Goby. L’auteure qui nous avait déjà emmené dans la maternité de Ravensbrück ne choisit décidément pas des sujets faciles quand elle écrit pour les « grands ». L’image de soi, les sursaut du corps d’un jeune homme dans la fleur de l’âge, le corps dompté par le sport, la solitude, les espoirs aussi… elle nous livre tout cela avec mille nuances comme le fruit d’une enquête au cœur de l’humain et dans un texte dense, puissant, magnifique. A temps, l’on se demande pourquoi l’on s’inflige un sujet aussi terrible et puis, la résilience aidant- jamais en court-circuits faciles- l’on se dit plein de choses sur soi, sur le personnage, et l’on se laisse happer pleinement par cette Murène. Un grand texte, parfaitement « goncourable ».

Valentine Goby, Murènes, Actes Sud, 384 p., 21, 80 euros, sortie le 21 août 2019.

visuel : couverture du livre

L’agenda du week-end du 16 août
« What is Love » au Théâtre de la Contrescarpe, un one woman show mais pas que.
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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