Théâtre
« Mon fils marche juste un peu plus lentement », mais cela n’a pas d’importance…

« Mon fils marche juste un peu plus lentement », mais cela n’a pas d’importance…

06 mars 2020 | PAR Magali Sautreuil

La vie est parsemée d’embûches. Un accident et c’est toute la cellule familiale qui en crise. Le tout est arrivé à surmonter les épreuves comme nous le montre avec humour et émotion la pièce «Mon fils marche juste un peu plus lentement». 

Dans un monde où tout est normé et où personne ne prend plus le temps de se comprendre, la différence attire inéluctablement le regard des autres et suscite parfois un profond malaise. Cette gêne, les proches de Branko (Florent Mousset) la ressentent intensément, surtout sa mère, Mia (Teresa Ovidio), qui ne sait plus comment se comporter avec lui depuis qu’il est en fauteuil. La vie pourtant continue et le jeune homme s’apprête à célébrer ses vingt-cinq ans. Mais le cœur n’est pas à la fête…  

Si Branko semble plutôt bien vivre son handicap, c’est son entourage qui a du mal à accepter ce changement radical et permanent. Si lui en vient à oublier qu’il est différent, ce sont les autres qui le lui rappellent. Mais l’anniversaire du jeune homme va donner l’occasion à chacun d’aller de l’avant.

Pensée comme un huis-clos familial que tous cherchent à fuir, la pièce interroge notre rapport à la différence et notre capacité à affronter les épreuves de la vie. Face à ces dernières, les réactions des différents membres d’une famille peuvent être très variables. Certains, comme Rita (Astrid Albiso), la sœur de Mia, Robert (Laurent Czerniak), le père de Branko ou Oliver (Ivan Toulouse), son grand-père, tentent de fuir la réalité ou brillent par leur absence. D’autres essaient de se réconforter et de se soutenir avec maladresse, à l’instar de Sara (Elena Durant Lozano), qui parle trop, par peur de la solitude, mais qui aime profondément Branko, ou Mia, dont l’amour maternel est parfois étouffant.  

Les difficultés de la vie peuvent entraîner un profond bouleversement des relations familiales. Il faut parfois du temps pour restaurer les liens qui nous unissent les uns aux autres, à condition de briser les non-dits et les illusions, ce qui est loin d’être gagné pour Branko. Entre sa grand-mère Ana (Maria Verdi), à moitié sénile, sa mère à fleur de peau, sa tante sous médocs, sa sœur Doris (Eva Carmen Jarriau) qui a du mal à exister face au handicap de son frère et les hommes de la famille qu’on ne voit presque jamais, la situation est assez complexe, mais au final, assez ordinaire. On peut en effet côtoyer des gens pendant des années sans jamais vraiment les connaître. C’est ce qui rend les silences familiaux si pesants, une sensation très bien retranscrite par l’absence de fond sonore. Alors, on parle de tout et de rien pour éviter d’aborder les véritables problèmes.

En plus, l’atmosphère lugubre et suffocante de la maison, marquée par la maladie, n’incite pas vraiment à la confidence. Le salon familial est loin d’être cosy : il se résume à une table et trois chaises. Pas étonnant que ses habitants cherchent à la fuir.

Pourtant, voici la famille réunie à l’occasion de l’anniversaire de Branko. Les ballons noirs n’augurent rien de joyeux, mais s’ils parviennent à se parler ouvertement et sincèrement, ils pourront sûrement s’accepter comme ils sont pour à nouveau être heureux.

Par chance, ils ne manquent pas de franc-parler. Si les hommes sont plus modérés, les femmes, elles, osent s’exprimer sans prendre de pincettes, provoquant ainsi le rire des spectateurs.

Si l’humour noir est très présent dans la pièce et lui apporte beaucoup de légèreté, il est utilisé à bon escient et sait s’effacer pour laisser place à l’émotion.

Si, au début de la pièce, le décor et les costumes nous laissaient perplexes, le jeu des comédiens, l’écriture et l’histoire nous ont au final conquis. Comme quoi, il ne faut pas se fier aux apparences…

Mon fils marche juste un peu plus lentement, pièce écrite par Ivor Martinié, mise en scène par Juan Miranda, présentée à Paris, à la Manufacture des Abbesses, du 1er mars au 8 avril 2020, les lundis, mardis et mercredis à 21h et les dimanches à 20h. Durée : 60 minutes. Public : à partir de 12 ans.

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Visuels : © elvaïvén

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