Fictions

« La Ménagerie de papier » de Ken Liu : Grand prix de l’Imaginaire 2016

« La Ménagerie de papier » de Ken Liu : Grand prix de l’Imaginaire 2016

18 décembre 2017 | PAR Julien Coquet

Ce recueil de dix-neuf nouvelles croisant science-fiction et heroic fantasy est un bon aperçu de ce qui se fait dans le domaine, sans pour autant que le propos aille jusqu’au bout.

[rating=3]

La science-fiction, sans être considérée comme un genre noble (elle fait partie des parias de la littérature, avec le roman policier), a toujours eu le vent en poupe. Le succès de celle-ci est surtout visible au cinéma (Premier contact par exemple) ou dans les séries télévisées (Black Mirror) mais il ne convient pas d’oublier que nombre de films et d’épisodes de séries se fondent sur la littérature : Premier contact est ainsi l’adaptation d’une nouvelle de Ted Chiang (L’Histoire de ta vie) et la série La Servante écarlate tire ses idées du livre de Margaret Atwood.

Cet attrait pour la science-fiction pourrait conduire un nouveau public à lire des romans ou des nouvelles de ce genre, et La Ménagerie de papier est une bonne porte d’entrée. Ken Liu, né en Chine mais ayant émigré aux Etats-Unis à l’âge de onze ans, est connu dans le milieu de la SF pour avoir réussi un triplé historique : sa nouvelle La Ménagerie de papier a obtenu le prix Hugo, le prix Nebula et le Word Fantasy Award. Une mère donne vie à des origamis en forme d’animaux : son fils joue avec cette ménagerie de papier mais, se rendant compte que sa mère, chinoise, n’arrive pas à s’intégrer, il décide de la délaisser. La mère meurt et les origamis perdent alors leur pouvoir magique.

Comme on le voit, la nouvelle, comme beaucoup d’autres, n’est pas proprement rattachée à la SF. Ken Liu mélange habilement fantasy, fantastique et science-fiction pour en exploiter les principaux thèmes : la technologie omniprésente, l’exploration de nouveaux mondes, l’arrivée des extraterrestres et la cohabitation avec ceux-ci, les nouvelles découvertes de la science et leurs répercussions sur notre santé, etc.

Pour autant, le propos ne semble jamais aller vraiment jusqu’au bout. Après avoir lu Axiomatique de Greg Egan ou La Tour de Babylone de Ted Chiang, deux ouvrages majeurs (et exceptionnel pour le premier) de recueil de nouvelles de science-fiction, il semble que Ken Lieu hésite à tirer des conclusions de ses histoires. Dans Faits pour être ensemble, le héros se retrouve embarqué malgré lui dans un attentat visant à éradiquer l’omniprésence des technologies. Cependant, après avoir été arrêté, la multinationale qui gère la surveillance généralisée lui propose de travailler pour elle, puisque « c’est l’alternative la moins mauvaise », sans pour autant que de réels arguments soient utilisés de la part du gérant de la multinationale. En fait, beaucoup de nouvelles ne semblent pas poussées et ne font qu’effleurer le sujet : La Ménagerie de papier intéressera sûrement les néophytes mais ne comblera pas les attentes des fans de science-fiction.

La Ménagerie de papier, Ken Liu, Folio SF, 512 pages, 8,20 euros

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