Cinema

Colorful – Tabous et civilisation

Colorful – Tabous et civilisation

18 décembre 2017 | PAR Pierre Descamps

Invité d’honneur du festival Carrefour du cinéma d’animation au Forum des images, Keiichi Hara nous présente son film Colorful. Un film courageux qui traite du sujet épineux du suicide au Japon et qui n’hésite pas à aller au bout de ses thématiques fortes et engagées (notamment sur la prostitution des jeunes filles au collège).

Le suicide au Japon est un sujet culturel fort, un vrai thème national. 30 000 personnes se suicident chaque année dans le pays et ce sont essentiellement des lycéens qui se sentent mal dans leur peau et persécuté par leurs camarades de classe.

Le film est donc l’occasion d’établir un portrait de ce Japon du XXI ème siècle et de délimiter le statut de la famille dans le pays.

L’évitement du sujet est la plus grande difficulté du pays et c’est ce qui fait que ce mal sociétal est véritablement enraciné.

Les adultes sont égratignés dans le film car ils sont responsables de leurs enfants et n’ose pas prononcer le mot même de suicide, de nommer les choses comme elles existent car elles font partie d’un malaise sociétal, d’un tabou à évacuer au plus vite.

De cet fait, le pays est bloqué dans un imaginaire paralysant qui empêche justement de traiter le problème à la racine.

D’où vient donc ce problème?

A travers les figures des institutions (famille, école, travail) nous sommes tous interconnectés les uns avec les autres. Un problème intérieur ne vient jamais seul, il est toujours dépendant de ces structures et institutions.La famille est au cœur même du processus car c’est l’endroit où les liens sociaux se construisent.

Dans le cas du suicide, il y’ a une dimension très personnelle et un parcours de vie intérieur qui amène à cela. On ne peut pas empêcher une personne à se suicider mais les institutions peuvent lui fournir des outils ou un accompagnement pour s’en sortir. Mais c’est toujours à la personne elle même d’ordonner cette volonté, de dépasser certaines choses intérieures.

Le cinéaste pose frontalement la question de la solitude. Pour lui, la solitude est un élément vital qui permet aussi l’épanouissement à condition d’avoir un propre équilibre personnel, d’être maître de son propre espace.

Le film n’hésite pas à apporter une touche d’espoir et de bonheur. La clé de l’existence réside dans une amitié réelle et fondée accompagnée d’une solitude voulue et libératrice.

Une galerie de personnages aux différentes facettes

Chaque personnage a ici ses différentes caractéristiques, il n’y a pas un personnage qui a la bonne conduite ou la bonne attitude à mener. Chacun d’entre eux possèdent ses forces et ses faiblesses, ses vices et ses vertus. C’est certainement ce qui fait la force de cet animé, c’est de poser frontalement la question de la seconde chance et du rachat à travers des personnages tous prisonniers de leurs névroses personnelles mais qui sont sauvés par leurs propres qualités. Avec sa palette de couleurs, chaque personnage en fait souffrir un autre par son comportement mais a aussi des coups de génie pour tendre la main.

L’amitié est un cap qui permet d’ouvrir des portes sur d’autres dimensions du Moi. Le film est un véritable appel au travail sur soi mais surtout sur l’ouverture à l’autre. Chaque personne a son propre ange gardien qui prend toute la place et l’amitié permet ce rééquilibrage à travers le partage. Dans un pays qui connaît des difficultés de communication, Keiichi Hara ne propose pas un traitement (dans le sens symbolique du terme) mais une ouverture bienveillante, doublée d’un sourire à la personne en difficulté. Et surtout un rappel que la vie dépasse la simple illusion scolaire et qu’il y’a un tout un monde à vivre et à découvrir derrière.

Crédit Image
Affiche du film

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Pierre Descamps

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