Fictions
Louis Philippe Dalembert : « Mur Méditerranée », Trois femmes dans la tempête

Louis Philippe Dalembert : « Mur Méditerranée », Trois femmes dans la tempête

23 décembre 2019 | PAR Jean-Marie Chamouard

Louis Philippe Dalembert est un écrivain Haïtien, vivant en France. Son roman aborde, de l’intérieur, l’immigration clandestine à travers le destin de trois femmes migrantes qui tentent de franchir le mur de la Méditerranée.

A Sabratha, la nuit du 16 Juillet 2014, un bateau s’éloigne des côtes libyennes. A bord, dans la cale ou sur le pont, 750 migrants y sont entassés, venant de toute l’Afrique et du Moyen Orient. La traversée s’annonce rapidement périlleuse. Chochana la Nigériane et Semhar l’Erythréenne sont dans la cale, Dima la Syrienne est sur le pont avec son mari et ses enfants. Chochana est de confession israélite. C’est une réfugiée climatique. Le changement climatique a rendu la terre aride, stérile ne pouvant plus nourrir le village, autrefois prospère. Sans avenir, elle décide de partir avec une amie et son petit frère « vers une terre où coulent le lait et le miel ». Elle subit l’éprouvante traversée du Sahara, 2500 km en pickup, et les brimades des passeurs et des miliciens. La cruauté et la brutalité sont décuplées en Lybie, « le pays du chaos » et en particulier dans le centre de rétention de Sabratha .Viols, sévices physiques et disparitions y sont la règle. Semhar l’érythréenne est chrétienne .Frêle et énergique elle a « l’allure d’un roseau déterminé qu’aucun alizé ne saurait rompre » Elle fuit avec un couple ami, la prison à ciel ouvert qu’est devenue l’Erythrée et un service militaire « de durée indéfinie ». Le voyage jusqu’en Lybie est encore plus éprouvant car elle est entassée avec d’autre migrants dans un conteneur. Dima a toujours vécu à Alep, dans une famille aisée. Elle fuit sa ville natale pour Damas avec sa famille après dix huit mois de guerre, de bombardements, de privations. Quand la guerre se rapproche de la capitale et qu’elle comprend qu’elle n’a plus d’avenir en Syrie elle tente avec son mari et ses enfants de gagner l’Europe par Tripoli. Dans la cale ou sur le pont la traversée dans la tempête vers Lampédusa est effrayante. Chochana entonne le cœur des esclaves « Va’piensero » pour tenter de surmonter son angoisse puis un Gospel pour conjurer le désespoir des passagers. Semhar se conduit en héroïne. Décidément cette traversée est dramatique, interminable…

Louis Philippe Dalembert a écrit ce roman d’après une histoire véridique. Sa lecture est passionnante. Le lecteur s’attache d’emblée à ces trois femmes. L’auteur entretient le suspense sur le sort de ses trois héroïnes. Il nous montre l’expérience des migrants vue de l’intérieur. Les motivations à émigrer sont rationnelles, réfléchies. A elles trois Chochana, Semhar et Dima symbolisent trois grandes causes de l’exil : le changement climatique, la dictature et la guerre mais elles représentent aussi les trois religions du livre. La migration est un parcours du combattant mais aussi une aventure cruelle. Le retour, aveu d’échec, est impossible .Le monde des passeurs et des miliciens est effrayant de violence, de cruauté, de racisme. La description de la traversée de la méditerranée pendant la tempête est terrifiante, méditerrannée devenue un mur.

Mur Méditerranée est un roman très attachant, très émouvant. Alors que la « Mare Nostrum » est devenue pour beaucoup « l’autoroute de la mort », ce livre est aussi un plaidoyer pour une politique plus humaine de l’immigration.

Louis-Philippe Dalembert, Mur Méditerranée, Sabine.Wespieser éditeur, 232 pages, 22 Euros, sortie le 29 Aout 2019.

visuel : couverture du livre

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Jean-Marie Chamouard

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