Rap / Hip-Hop

Une foule bien dense pour Mobb Deep

Une foule bien dense pour Mobb Deep

23 décembre 2019 | PAR La Rédaction


Lundi 16 décembre, la moitié de Mobb Deep (RIP Prodigy) nous a fait bouger la tête toute la soirée dans le cadre du New York Festival. Accompagné par son acolyte de toujours Big Noyd et précédé par Rock du groupe Heltah Skeltah, Havoc nous remémore l’âge d’or du rap new-yorkais dans une représentation pleine de solennité.

Par André Barillé 

Les ex-duos étaient à l’honneur ce soir-là et la première partie fut assuré par Ali, le compère de Booba du groupe Lunatic, qui nous régala de ses classiques « Le crime paie », « Homme de l’ombre » ou encore « Le silence n’est pas un oubli ». Ali a une sacrée présence sur scène, son flow intelligible et son phrasé rempli de sagesse toujours tranchants, et enleva le public dès les premières notes du sinistre et cru « Homme de l’ombre ». Ali était un choix on ne peut plus judicieux pour une première partie de Mobb Deep, le style de rap de ces derniers ayant tellement influencé Lunatic, quitte à pouvoir surnommer leur classique « Mauvais Œil » The French Infamous (« The infamous » étant le 2ème album studio de Mobb Deep, le plus influent de leur discographie).

Au tour du deuxième ex-duo de performer, Rock de Heltah Skeltah (RIP Sean Price). Même si Sean P était sans aucun doute le plus talentueux du duo, voire même l’un des MCs les plus habiles de New York en son temps, Rock fut loin de démériter et nous administra les classiques « Everything is Heltah Skeltah », « Brownsville 2 Long Beach » et « Gunz and onez » entre autres, avec le même charme qui faisait du duo l’un des plus originales des années 90, à savoir un rap gangsta ne se prenant pas du tout au sérieux, agrémenté des piques de Rock et des jeux de mots dévastateurs de Sean P.

Enfin, le moment que tout le monde attendait, Havoc et Big Noyd. En nous agressant les tympans dès le commencement avec le cultissime « Survival of the fittest », les deux compères du Queensbridge nous mettait en condition et nous préparait à l’avalanche de lourdeur que le public allait se prendre. Même si l’absence de P s’est évidemment fait ressentir, Big Noyd est un excellent rappeur et a su reprendre les couplets du prodige avec brio. Et son couplet sur l’excellent « Give up the goods » est définitivement l’un des points d’orgue du classique « The Infamous », l’un des plus grands albums du hip-hop, si ce n’est le plus grand. Cet album, de concert avec « 36 chambers » du Wu-Tang Clan, a défini le rap graveleux et sinistre si caractéristique de la grosse pomme. Malgré les apparitions de pointures de la production rap telles que DJ Premier et Q-Tip, la funeste production de cet album est tout au crédit de Havoc, un beatmaker des plus sous-cotés. Non content d’être un producteur de qualité, Havoc est aussi un grand rappeur et nous abreuva de ses meilleurs couplets, à savoir « Right back at you », « Nighttime Vultures » ou « Apostle’s Warning ».
Que dire de la performance des rappeurs pour le plus grand classique du groupe, le grandiose et ténébreux « Shook ones pt 2 », morceau le plus influent du hip-hop (je crois qu’on peut le dire sans trop frustrer les rageux), samplé et resamplé, cité à tord et à travers par une multitude d’artistes comme un classique incontournable et une source d’inspiration constante. Havoc et Big Noyd s’étaient donnés à fond toute la soirée, mais l’intensité déployé lors de « Shook ones pt 2 » était incomparable au reste du concert. Il ne suffit que du « to all the killers and a hundred dollar billers » pour que la foule rentre en transe. La salle étant principalement rempli de quinquagénaires, autant dire que les pogos n’étaient pas au programme ce soir-là, et pourtant, vieux comme jeunes se remuèrent comme des punks de Hellfest au son des secoués (shook ones). Les deux acolytes, tout comme le reste de la salle, finirent trempés de la tête aux pieds. C’est bien simple, en 21 ans d’existence, j’ai jamais vu ça.

Le concert fut excellent de bout en bout, les trois groupes se donnant à fond pour une foule parisienne en effervescence. La prestation de Havoc et Noyd en particulier, tant au niveau de l’avalanche d’émotions contradictoires que par la justesse des morceaux sélectionnnés. Finissons par un ultime hommmage aux défunts, Prodigy et Sean Price, la scène hip-hop ne sera plus jamais la même sans vous. Cœur sur vous et les vôtres.

Louis Philippe Dalembert : « Mur Méditerranée », Trois femmes dans la tempête
Gagnez 5×2 places pour le concert de l’Orchestre national d’Île-de-France le 10 janvier à la Philharmonie
La Rédaction

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *