Fictions
« Les révolutions de Jacques Koskas » d’Olivier Guez ou les tribulations d’un journaliste nostalgique à l’assaut du monde et de ses femmes

« Les révolutions de Jacques Koskas » d’Olivier Guez ou les tribulations d’un journaliste nostalgique à l’assaut du monde et de ses femmes

05 septembre 2014 | PAR Yaël Hirsch

Dans le flot de la rentrée littéraire, le premier roman  d’Olivier Guez, Les révolution de Jacques Koskas, est une somme à la fois drôle, farfelue et grave, qui interroge l’identité d’un jeune  héros trop plein de qualités. 

[rating=4]

jacques koskas olivier guezLa trentaine pleine d’espoir, Jacques Koskas aborde le 21ème sous l’angle de l’ouverture. « Monté » à Paris pour travailler à la prestigieuse « Turbine » qui n’hésite pas à l’envoyer parfois sur le terrain de ses rêves, ce reporter intrépide est aussi un séducteur de femmes aux beautés, âges et désirs divers. Dès le début du livre, ce Dom Juan moderne affublé du même prénom que son père, un homme bon, obstétricien reconnu et pilier de la communauté juive de la ville de S, affirme sa liberté : il saute dans le train pour rejoindre une maîtresse parisienne plutôt que de rester en Province pour rompre familialement le jeûne de Kippour. A Paris, mais également à Berlin, où des grossesses involontaires le précipitent, il réalise peu à peu son rêve de nomadisme et de multiculturalisme habsbourgeois, ressuscitant à lui seul et pour lui seul le rêve de l’Empire Austro-Hongrrois : dépasser les particularismes pour entrer dans un universel qui ait du chien et de la hiérarchie.  Malheureusement ni les femmes, ni les hommes, ni sa famille, ni ses collègues, ni les juifs, ni les non-juifs, ne semblent suivre l’intrépide Koskas dans cette voie réellement internationale.

Après avoir écrit sur les juifs-allemands, la chute du mur de Berlin, les Etats-Unis du Tea Party et les liens entre Football et Brésil, l’inclassable Olivier Guez passe avec brio au roman. Dans un style qui résonne avec l’humour juif newyorkais mais revu et corrigé pour une nostalgie d’un autre temps, tout droit sortie d’un roman de Joseph Roth, son autoportrait de profil et dans le noir d’idéaux trop peu partagés fait à la fois rire et réfléchir. On sympathise avec un Koskas anti-héros et anti-Solal, un Luftmensch qui cherche un terreau de liberté où s’ancrer. Un voyage réussi d’idées et de mots, à découvrir chez Belfond.

Olivier Guez, Les révolutions de Jacques Koskas, Belfond,336 p., 19 euros.

« – Explique-moi comment ton peuple de victimes a pu se transformer en nation de bourreaux, insista-t-elle.
– Clémence! hurla-t-il. Passe encore que tu me casses les couilles avec l’Irak, l’Afghanistan, le Nasdaq, ma vespa, les néons et les OGM, mais par pitié, le conflit israélo-palestinien, laisse tomber! je ne suis pas l’ambassadeur d’Israël en France!
Ce n’était pas la première fois qu’on l’enquiquinait à propos des implantations juives en Cisjordanie et des opérations commandos de Tsahal à Gaza. Tout ça parce qu’il était juif! Lui n’apostrophait pas Clémence parce que le pape diabolisait les préservatifs, ni l’épicier arabe en bas de chez lui parce que l’Arabie saoudite interdisait aux femmes de faire du patin à roulettes. Qu’on lui fiche la paix avec le conflit au Moyen-orient, il avait d’autres chats à fouetter. » p. 127

visuel : couverture du livre.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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