Fictions
« Les Nus d’Hersanghem » d’Isabelle Dangy : Une ville invisible

« Les Nus d’Hersanghem » d’Isabelle Dangy : Une ville invisible

26 juillet 2022 | PAR Julien Coquet

Roman d’une ville, le deuxième roman d’Isabelle Dangy, Les Nus d’Hersanghem, surprend tout autant qu’il fascine.

Au bout d’une vingtaine de pages, on se prend à aller sur Google Maps et à rechercher « Hersanghem ». Cette « ville majestueuse d’Hersanghem, posée comme une grosse tortue grise au pied des coteaux d’Houlage et de Sacremont », serions-nous passés à côté ? Et pourtant, elle ressemble diablement à celle dont nous avions entendu parler à un journal télévisé, celle où on s’était arrêté pour faire une pause durant un long voyage, celle où nos grands-parents habitaient… Car Hersanghem est tout cela : une ville qui regroupe et recoupe tous les clichés d’une ville moyenne, et bien plus.

L’auteure réussit là un véritable tour de force dans son deuxième roman, qui donne furieusement envie de découvrir le premier. En inscrivant son récit dans une ville imaginaire du nord de la France, en pleine braderie d’été qui fait la renommée de la ville, Isabelle Dangy écrit un texte aux échos magiques, porté par de très grandes descriptions, loin de l’ennui que parfois, dans certains romans, elles peuvent provoquer. Liant entre eux les principaux personnages de cette ville (un greffier, un libraire, un gynécologue, des pharmaciennes…) par des recoupements infimes, elle raconte les relations et tissus qui fondent une communauté, communauté qui n’a pas forcément conscience de son existence et de son entre-soi.

Le livre est découpé en chapitres courts, tous centrés autour des lieux emblématiques de la ville, lieux familiers, historiques ou populaires. C’est tour à tour la porte de la Coquille, le cinéma du centre Jasmyn, la chapelle des Ruches, le palais de justice qui se succèdent. À chaque lieu est rattaché une scène de la vie provinciale : tantôt un apéro sur les bords de la Courthe, tantôt une fuite d’eau dans une librairie, une partie fine qui se prépare… Tous sont reliés par le jeune greffier Grégoire Arakelian qui arpente les rues, et par ces intrigants nus. Et tout semble converger vers la place du Beffroi.

Isabelle Dangy possède une très belle plume, à la narration irréprochable et aux touches d’humour bienvenues. Si la qualité d’un écrivain se mesure à la force de sa créativité, louons Les Nus d’Hersanghem, roman d’une ville et de l’être au monde. Assurément, il fait bon vivre à Hersanghem.

« Sa programmation annuelle est celle de beaucoup de villes de province : des pièces de boulevard ayant quitté la scène parisienne, des humoristes en tournée, un Malade imaginaire dans une mise en scène un peu balourde, parfois un Marivaux, de temps à autre une chanteuse sur le retour, quelques concerts de jazz ou de musique de chambre… Le théâtre abrite aussi les spectacles de différents clubs de danse des alentours, petites filles en tutu qui se grattent le derrière et gauches adolescentes, ainsi que celui de l’option « arts dramatiques » proposée au lycée du centre-ville et qu’anime Guilaine Dufour. »

Les Nus d’Hersanghem, Isabelle Dangy, Editions Le Passage, 272 pages, 19 €

Visuel : Couverture du livre

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