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Ben et la terre de Vallauris

Ben et la terre de Vallauris

26 juillet 2022 | PAR Laetitia Larralde

Cet été, le Musée Magnelli s’intéresse au lien entre Ben et la céramique. Une exposition où casser des pièces est recommandé par l’artiste.

Quand le Musée Magnelli a proposé à Ben d’organiser une exposition, il a refusé de s’installer au sein des collections du musée. Trop institutionnelles pour cet artiste anticonformiste, les salles du musée étaient aussi trop marquées par la présence de Picasso. Et comme le dit le titre de l’exposition, Ben n’est pas Picasso. Il lui faut donc son espace à lui, dans la salle Eden, ancien cinéma réhabilité en salle d’exposition depuis 2004. A chaque ego artistique son espace.

Si Ben est surtout connu pour ses écritures-aphorismes, cela ne l’a pas empêché de s’essayer à d’autres formes artistiques, telles que la performance, le ready-made ou encore la céramique. Une première exposition, Je suis nul en céramique, a eu lieu en 2006 au Musée de la Poterie à Vallauris, présentant un travail commencé à la fin des années 1990. Mais ce que Ben aime dans la céramique, c’est jouer avec la terre. Et le temps et la technicité inhérents à cette discipline ne sont pas ceux de la spontanéité de Fluxus.

Mais cela n’arrête pas Ben pour autant, et il se laisse emporter par la sensualité de l’argile rouge, laissant ses formes de terre cuite sans aucun traitement de surface ultérieur. Si parfois il réalise des assiettes décorées de ses écritures, il semblerait que ce soit surtout celles cassées pendant la cuisson qui l’intéressent le plus. Les morceaux sont transformés en tableaux, intégrés dans une composition en noir et blanc dans laquelle vient parfois s’immiscer le rouge de l’argile.

Dans la salle Eden, Ben nous immerge dans son œuvre foisonnante. Tableaux, sculptures, ready-made, vidéo, et installations créent un ensemble hétéroclite et plein d’humour. La terre y sert de lien, sculptée, malaxée, gravée ou se transformant en écriture, seule ou souvent assemblée à d’autres éléments. Mais elle est également présente dans la multiplicité d’assiettes que l’on retrouve un peu partout, une céramique utilitaire que l’artiste aimerait nous voir casser, à coups de masse si cela nous défoule mieux.

Pour le vernissage, Ben avait invité les participants à apporter une assiette qu’il a ensuite cassée et mise dans un sachet avec la mention « cassé par Ben », chacun repartant ensuite avec une œuvre originale. Il remet ainsi en question plusieurs aspects de la céramique : la frontière entre art et utilitaire, les précautions dues à sa fragilité, ou encore la séparation entre artisanal et industriel. Ben interroge la matière, ses usages, ses symboles, et avec le sous-titre de l’exposition Ce n’est pas du tout cuit, il souligne la difficulté de la technique, perfectionnée depuis des millénaires. Tandis que lui, il préfère s’amuser.

La vidéo de sa performance avec Monique Thibaudin en 2006, dans laquelle les deux artistes plongent dans une baignoire remplie de barbotine (argile délayée dans l’eau) montre bien cette envie de jouer et de rester au plus près de la matière. C’est d’ailleurs avec Monique Thibaudin, artiste installée à Vallauris, qu’il s’est initié à la céramique. C’est donc tout naturellement que Ben l’a invitée à installer ses Antibustes, série de jambes féminines sans torse ni tête, sur la mezzanine de l’espace. L’artiste liée au groupe Supports/Surfaces présente ici des œuvres qui, bien qu’hybrides dans leur technique, sont à l’opposé de celles de Ben. Une unité de motif, pas d’ego, un travail technique : les œuvres de Monique Thibaudin viennent comme un contrepoids à l’œuvre de Ben, comme celle de Ben est un contrepoids à celle de Picasso.

Dans cette exposition qui se visite comme un grenier rempli de trésors, on joue autant que l’artiste à trouver tous les détails disséminés dans les moindres recoins de l’espace. Et on en sort avec l’idée que créer, c’est avant tout s’amuser.

Je ne suis pas Picasso – Ben à Vallauris
Du 25 juin au 19 septembre 2022
Musée Magnelli – Musée de la céramique – Vallauris

Visuels : 1- Ben Avec la terre on peut tout faire, 2006 Acrylique sur toile 60x81cm ADAGP, Paris, 2022 / 2- Ben Je cherche une idée, 2022 Acrylique sur panneau bois avec céramique 40x40x5cm ADAGP, Paris, 2022 / 3- Ben L’art est une vie de chien avec un canard sur la tête, 2013 Argile cuite au four, objets 17x30x30cm Collection Argième / Helenbeck C. / 4- Monique Thibaudin Anti buste marche bleue, 2000 céramique © François Fernandez

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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