Fictions
Le Quatrième Mur de Sorj Chalandon : Antigone en pleine guerre du Liban

Le Quatrième Mur de Sorj Chalandon : Antigone en pleine guerre du Liban

09 août 2013 | PAR Yaël Hirsch

Prix Albert Londres, Grand prix du roman de l’Académie avec le superbe « Retour à Killybegs », Sorj Chalandon met encore sa très belle plume au service d’une fiction qui traite directement de questions politiques. En l’occurrence, la politique est abordée par la trajectoire d’un jeune intellectuel français se retrouvant aux manettes d’une mise en scène pacifiste de l’Antigone d’Anouilh au Liban en 1982.

[rating=5]

sorj chalandon le quatrième murAu début de l’année 1982, lorsque son ami Samuel Akounis, juif grec seul rescapé de la Shoah dans sa famille, lui demande sur son lit de mort de prendre la direction d’une mise en scène de l’Antigone d’Anouilh à Beyrouth, Georges sait qu’il met en danger sa vie propre et l’équilibre de sa famille : une jeune femme et une petite fille. Et pourtant, rendre ce service à cet ancien compagnon d’armes, monter la pièce avec un casting multiethnique avec dans le rôle –titre une comédienne palestinienne, est un challenge que le jeune papa ne va pas refuser. Commence alors une aventure où le « quatrième mur » ne protégera pas la troupe des balles et des affrontements d’un pays en guerre.

Abordant la complexité de la situation du Liban à travers le prisme de cette aventure de mise en scène pacifiste, Sorj Chalandon évite tout manichéisme, tout en évoquant le pire. Il commence son beau texte posé par une centaine de pages de flash-back sur la vie du narrateur et son amitié pour l’instigateur du projet. Ce personnage pas tout à fait assez engagé pour être vraiment sympathique redouble le conflit qui traverse Antigone : vie de famille ou décision politique ? Dans son texte dense, l’auteur fait entendre toute l’horreur de la guerre, d’y perdre des amis, sa raison, ses réserves face au meurtre et même la vie… Un roman profondément pacifiste.

Sorj Chalandon, « Le quatrième mur », Grasset, 336 p., 19 euros. Sortie le 22 août 2013.

« – Le quatrième mur, c’est ce qui empêche le comédien de baiser avec le public, a répondu Sam Akounis.
Une façade imaginaire, que les acteurs construisent en bord de scène pour renforcer l’illusion. Une muraille qui protège leur personnage. Pour certains, un remède contre le trac. Pour d’autres, la frontière du réel. Une clôture invisible, qu’ils brisent parfois d’une réplique s’adressant à la salle. » p. 39

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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