Fictions
«Le Chardonneret » de Donna Tartt, le roman de la rentrée de janvier ?

«Le Chardonneret » de Donna Tartt, le roman de la rentrée de janvier ?

31 décembre 2013 | PAR Yaël Hirsch

Le Chardonerret[rating=5]

Donna Tartt ne livre qu’un livre tous les dix ans, mais à chaque fois, l’épaisseur et la finesse psychologique sont au rendez-vous des amateurs et des amatrices de « vrais » romans. Après Le maître des illusions (1993) et Le Petit copain, voici Le chardonneret, un opus majeur qui devrait séduire de nombreux lecteurs français, à la sortie de sa traduction chez Plon, le 9 janvier 2014.

Alors que le jeune Theo n’a que 13 ans, il perd brusquement la seule personne qui s’occupait de lui dans le monde, sa mère, lors d’une terrible explosion au Metropolitan Museum. Lui-même présent lors de l’attentat, sous le choc, il emporte avec lui avant de sortir des décombres une toile unique d’un grand maître flamand, le Chardonneret. Sur le chemin de la sortie, il croise un vieil homme dans les décombres, qui était accompagné d’une jolie jeune-fille rousse et qui lui donne une chevalière, avec pour mission de la rendre à un antiquaire. Avec un père disparu et des grands-parents aux abonnés absents, le jeune-homme échappe de justesse à l’assistance publique en étant informellement « adopté » par la très élégante famille de son meilleur ami d’enfance. Une fois un tout petit peu remis du choc, avec l’aval de son ami, il va voir l’antiquaire et lui remet la bague : il découvre que la jeune-fille rousse a survécu, mais qu’elle est encore plus traumatisée que lui, notamment par plusieurs opérations au cerveau et à la jambe qui ne lui permettront pas de poursuivre la grande carrière de musicienne à laquelle elle se destinait. Prêt à se faire discret dans son foyer d’adoption et à surmonter la mort de sa mère adorée, Theo continue de cacher son trésor. Et la vie reprend après le drame, jusqu’au jour où son père refait surface avec une petite amie vulgaire et l’emmène vivre à Las Vegas. Theo parvient à emmener le tableau, et coule des jours terriblement solitaire jusqu’à ce qu’il rencontre Boris, un jeune ukrainien qui a son âge mais semble avoir eu mille vies et a un père pire que le sien : alcoolique et qui frappe. Les deux garçons font les 400 coups, à grand renfort de bière, de vodka, de diverses drogues et de petits larcins… Après la mort subite de son père, Theo re-déménage à New-York et devient un excellent antiquaire…

Avec sa galerie de personnages absolument touchants et venus de divers horizons de la société américaine et par le biais d’une intrigue qui se prend moins au sérieux que le Da Vinci Code mais donne envie d’en savoir plus sur les maîtres flamands, Donna Tartt offre un pavé de 640 pages qu’on ne lâche pas une minute. Passionnant, le destin terrible du petit Theo est parsemé de plein de belles rencontres- dont l’art- et pare avant tout de résilience et de confiance, malgré l’attentat et les injustices morales et sociales. Un très beau livre, riche et nourrissant, qui entraîne dans un monde pas si lointain et pourtant divinement divertissant. Brillant.

Donna Tartt, Le chardonneret, trad. Edith Soonckindt, Plon, 640 p., 23 euros. Sortie le 9 janvier 2014.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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