Fictions

La lucarne, le brillant roman oublié de José Saramago

La lucarne, le brillant roman oublié de José Saramago

06 novembre 2013 | PAR Alice Dubois

[rating=4]

Ecrivain et journaliste portugais décédé en 2010, José Samarago est l’unique auteur lusophone à avoir reçu le prix Nobel de Littérature. Son roman La lucarne, écrit « entre 1940 et 1950 » alors qu’il n’a même pas 30 ans, se perdit dans les tiroirs de la maison d’édition chez qui il l’avait envoyé avant de refaire surface, 45 ans après. Une drôle d’histoire pour un roman surprenant.

La LucarneLa lucarne est un roman polyphonique, rempli de personnages truculents. José Saramago y raconte la vie des habitants d’un immeuble dans une petite ville portugaise. Des couples qui se haïssent, des jeunes filles en fleur, des sœurs aigries, un cordonnier philosophe et son jeune locataire, des couturières amoureuses de Beethoven…Tout un petit monde passé au crible par l’œil bluffant de maturité d’un auteur aussi jeune.

Traitant de situations apparemment anodines du quotidien, ce roman est un véritable pamphlet subversif pour le Portugal du milieu du XXème siècle. Derrière les non-dits et les faux semblants, c’est toute la société portugaise de l’époque qui est pointée du doigt. Avec intelligence, l’auteur ne tombe pas dans la caricature mais révèle à peine ce qu’il faut pour que le dessin de ses personnages apparaisse au fil des pages. Décortiquant les motivations secrètes de chacun et les pensées les plus intimes, le jeune Saramago est un brillant observateur lorsqu’il s’agit de dépeindre les femmes qui peuplent son roman, qu’elles soient jeunes, vieilles, insolentes, malheureuses ou torturées et profondément en souffrance. Ce kaléidoscope des sentiments humains écrits avec tant de vivacité est sans aucun doute le plus bel atout de ce roman.

Lorsque la maison d’édition de Lisbonne retrouve le manuscrit de Saramago en 1989, celui-ci en refuse la publication de son vivant, toujours blessé par l’humiliation de l’absence de réponse de l’époque, humiliation dont il ne se détacha pas pendant plusieurs décennies. Cette réédition est une belle revanche et l’occasion de découvrir les débuts d’un auteur qui deviendra par la suite l’un des plus grands de son pays.

La lucarne de José Saramago. Traduit du portugais pas Geneviève Leibrich. Préface de Pilar del Rio. Editions du Seuil. Parution: septembre 2013. 344p. Prix: 22€

Visuel: © couverture de La lucarne de José Saramago

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Alice Dubois
Alice a suivi une formation d’historienne et obtenu sa maitrise d'histoire contemporaine à l'université d'Avignon. Parallèlement, elle est élève-comédienne au Conservatoire régional d'art dramatique de la ville. Elle renonce à son DESS de Management interculturel et médiation religieuse à l'IEP d'Aix en Provence et monte à Paris en 2004 pour fonder sa propre compagnie. Intermittente du spectacle, elle navigue entre ses activités de comédienne, ses travaux d'écriture personnels et ses chroniques culturelles pour différents webmagazines. Actuellement, elle travaille sur un projet rock-folk avec son compagnon. Elle rejoint la rédaction de TLC en septembre 2012. Elle écrit pour plusieurs rubriques mais essentiellement sur la Littérature.

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