Fictions

La journée de la vierge, par Julie Marx

La journée de la vierge, par Julie Marx

03 février 2018 | PAR Antoine Couder

24 heures de la vie d’une femme sous la forme d’un roman filmé, journal du temps qui s’enfuit pour renaître dès les premières lumières de l’aube.

On connaissait « Una giomata particolare », le film d’Ettore Scolla qui montrait deux solitudes face à face dans le fracas de l’Italie fasciste fêtant la rencontre de son Duce avec le Führer, en 1938. On pourrait enchaîner avec cette journée de la vierge tout aussi particulière, écrite comme lovée derrière la vitre de la contemporanéité quelque part, à Paris, à la fin des années 2010.

Enveloppe. Dans un monde où l’absurde côtoie l’instinct de survie, le travail est devenu une sorte de jeu de piste dans lequel on tente de donner un peu de sens à la vie. L’héroïne vend sa plume pour la publicité, entre cosmétique et conseil de santé, beauté et épiderme, sans jamais perdre de vue le ridicule de la situation et pourtant toujours à l’écoute de tout ce que l’on pourrait dire de cette focalisation sur le corps, à la fois enveloppe et limite qui, tour à tour, cherche et interdit le contact avec les autres.

Ko debout. Tout tient en effet dans cette dialectique de protection, d’inquiétude trouble d’un malheur imminent (la narratrice qui tient sa main contre son cœur pour tenir ou retenir tandis que la voisine se jette par la fenêtre sans parvenir à en finir et que la cliente part en vrille lors d’une prière improvisée à l’église Notre Dame de Paris). Si la solitude fait peur, mais quand même moins que les antidépresseurs, c’est d’abord parce qu’elle provoque des situations terriblement grotesques et entame clairement les limites de la personnae, Ko debout devant l’évidence de son insignifiance.

Commencement. La vierge écrit donc (à moins qu’elle ne déroule un journal intime ou ne chante dans sa tête) pour finalement rejoindre les planches et jouer cette tragi-comédie sur une petite scène de stand-up. On est bien dans cet « écrit-parlé » , entre distance et live, que Julie Marx affectionne particulièrement, dans son blog « La mouche et la vitre » pour Libération ou son ancien show musical « Julbox » où elle s’emparait de quelques chansons cultes, en français dans le texte, pour en faire surgir les beautés cachées. Tout tient ainsi dans le commencement, le timing  : un spectacle, un livre, une journée du 15 août qui pointe et délimite la forme puis le dessin/dessein d’une humanité renaissante.

 La journée de la Vierge, de Julie Marx, éditions de l’Olivier , 192 p., sortie le premier février 2018.

visuel : couverture du livre

4 3 2 1, le grand roman de Paul Auster
La voix d’un Ange: interview de Camille Trouvé, metteuse en scène de « White Dog » de la cie Les Anges au Plafond
Antoine Couder
Antoine Couder est journaliste. Il est l’auteur de « Fantômes de la renommée (Ghosts of Fame) », une autofiction portée par l’histoire de la musique enregistrée qui a été sélectionnée pour le prix de la Brasserie Barbès 2018. Son travail explore le lien narratif entre document et fiction et plus particulièrement le thème de la musique, entendue au sens de l’écoute et de l’inspiration qu’elle procure. Il écrit actuellement une fiction anthropologique se déroulant entre l’Allemagne, la Suisse et la France.

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *