Fictions
« La Fille qu’on appelle » de Tanguy Viel : Les hommes, ces porcs

« La Fille qu’on appelle » de Tanguy Viel : Les hommes, ces porcs

14 septembre 2021 | PAR Julien Coquet

Poursuivant l’auscultation d’un fait divers après le remarquable Article 353 du Code pénal, Tanguy Viel réussit l’exploit de manier une langue travaillée et les codes du roman policier.

On se souvient de la célèbre formule de Malraux à propos de Sanctuaire de Faulkner : l’intrusion de la tragédie grecque dans le roman policier. Et cette formule, si bien trouvée, intelligente, correspond parfaitement au dernier roman de Tanguy Viel. Les personnages semblent pris dans une toile, ne peuvent s’extraire d’une histoire qui s’annonce sordide. La mécanique est remontée, et chaque action rapproche un peu plus tout ce petit monde du drame.

Si La Fille qu’on appelle rappelle tant Article 353 du Code pénal, c’est que Tanguy Viel reprend la formule de l’interrogatoire pour narrer son histoire. Dans ce précédent roman, Martial Kermeur déroulait le fil de son histoire devant le juge. Ici, c’est Laura qui se tient devant les policiers, égrenant sa plainte et les tristes manœuvres des hommes qui l’ont conduit à céder à des avances insistantes.

Laura, avant tout, c’est la fille du boxeur légendaire Max Le Corre, chauffeur de Quentin Le Bars, maire d’une ville bretonne. La jeune et jolie Laura revient dans sa ville d’origine, laissant derrière elle les quelques photos dénudées réalisées lorsqu’elle travaillait dans la mode. Elle cherche maintenant un logement. Et monsieur le maire peut l’aider moyennant quelques faveurs.

Tanguy Viel peint le microcosme d’une ville portuaire bretonne, et des puissants qui y règnent. C’est Quentin Le Bars, le maire, mais aussi Franck Bellec, directeur du casino. Et c’est aussi comment les puissants écrasent les petits, se moquent d’eux et en abusent. Alors, que peut la justice ? Réponse dans les dernières pages.

« Et en un sens il avait raison, qu’en même temps qu’on le traiterait sans doute, lui, Le Bars, de salopard, on ne pourrait s’empêcher de la traiter, elle, de pute, et qu’en le disant chacun ferait pencher la balance du côté des forces de la nature, c’est-à-dire le fardeau du désir des hommes impossibles à rassasier, et la mesquinerie des femmes à en profiter. Du moins ce sont des choses comme ça qu’il faudrait défier à la barre d’un tribunal – des choses inaudibles en somme, a dit l’avocat. D’autant qu’il va enfoncer le clou. »

La Fille qu’on appelle, Tanguy Viel, Les Editions de Minuit, 176 pages, 16 €

Visuel : © Couverture du livre

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