Fictions

« Le cycle de Gormenghast » de Mervyn Peake : Réédition d’une œuvre culte

« Le cycle de Gormenghast » de Mervyn Peake : Réédition d’une œuvre culte

07 octobre 2018 | PAR Julien Coquet

A l’occasion de ses 30 ans, Omnibus réunit en un volume Le cycle de Gormenghast, chef-d’œuvre de l’imaginaire et de l’heroic fantasy.

Gormenghast intrigue : cet immense château, éloigné de tous et de tout, au cœur des montagnes, se dresse majestueusement. L’ambiance est posée mais ce n’est rien lorsque l’on prend connaissance des hôtes de la bâtisse : lord Tombal, le comte d’Enfer, est neurasthénique et passe ses journées à lire ; sa femme lady Tombal se passionne pour les chats et les oiseaux ; leur fille Fuchsia est une adolescente rebelle qui préfère l’imagination à la réalité. Le premier roman de cette trilogie, Titus d’Enfer, commence par la naissance de Titus, le 77ème comte d’Enfer. L’indifférence règne au début mais, peu à peu, l’étrange machinerie se dérègle…

Si Mervyn Peake est peu connu en France, sa renommée se fait pourtant dès la parution du premier tome du cycle. Comme l’écrit Jacques Baudou dans sa préface : « Le roman reçu un accueil critique le plus souvent favorable. (…) Son caractère singulier amena la critique à tenter de le classer et il fut souvent qualifié de « néo-gothique » (gothic revival), une approximation qui n’est pas totalement infondée ». Car oui, Peake, peintre, illustrateur et poète, crée un univers halluciné et hallucinant : entre cauchemar et poésie, le lecteur suit Titus qui essaye tant bien que mal de s’habituer à Gormenghast et à ses rituels, même s’il quittera finalement le château dans Titus errant. A la croisée du gothique et du baroque, le cycle de Gormenghast est étrange et peut dérouter mais l’écriture de Mervyn Peake enchante si bien que le Times l’a inclus parmi les cinquante plus grands écrivains britanniques depuis 1945.

« La nuit tomba sur le château, sur les bois d’Epines et la montagne de Gormenghast. Les longues tables des habitants des huttes furent englouties dans l’épaisseur d’une nuit sans étoiles. Les cactus et l’allée d’acacias que Nannie Glu avait parcourue, la vieille aubépine dans la cour des communs semblaient enrobés d’un suaire. Les ténèbres régnaient aux quatre coins de Gormenghast. Ténèbres qui frappaient silencieusement aux portes-fenêtres de la salle du Baptême et passaient leurs doigts impalpables à travers les feuilles du lierre qui étouffait la fenêtre de la dame d’Enfer. Une présence dont le corps vorace se pressait contre les murs devenus invisibles et qui avalait insatiablement toutes choses. »

Le Cycle de Gormenghast, Mervyn Peake, Omnibus, 1184 pages, 31,50 euros

Visuel : Couverture du livre

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Julien Coquet

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