Fictions
« Ce sont des choses qui arrivent » : les secrets sous les cotillons mondains de l’occupation, par Pauline Dreyfus

« Ce sont des choses qui arrivent » : les secrets sous les cotillons mondains de l’occupation, par Pauline Dreyfus

09 août 2014 | PAR Yaël Hirsch

Après Immortel, enfin (Grasset, prix des Deux magots 2012), dans ce deuxième roman, Pauline Dreyfus explore le milieu noble, huppé, brillamment collaborateur et sans passions. Avec ses zones d’ombre. Un monde où rien n’est tragique et où les drames sont ponctués d’un imparable « Ce sont des choses qui arrivent ».

[rating=4]

Ce Sont Des Choses Qui ArriventFille au sang aussi bleu que léger, Natalie de Sorrente virevolte de fête en fête et de villégiature en villégiature avec son mari, Jean. Jusqu’à ce que mai 1940 le pousse à se retrancher dans leur villa cannoise. Un dernier amant met Natalie enceinte. C’est un deuxième enfant et un fils, tout va bien « ce sont des choses qui arrivent ». Mais lorsque la mère de Natalie décède et que cette dernière apprend qu’ayant vécu sur le même mode sautillant, elle est la fille d’un homme du monde juif, Natalie perd pied et repère dans un milieu où le statut des juifs, l’étoile jaune et puis leur arrestation sont aussi traités comme « des choses qui arrivent ».

Comment produire un roman original sur une période que l’on croyait saisie par tous les angles littéraires imaginables? Pauline Dreyfus y parvient parfaitement en se focalisant sur le mal-être de son personnage principal. Entre les flash-back, les références à Cocteau et les regrets des robes haute-couture, c’est à la naissance d’une conscience que l’on assiste; Bien vu et surtout très bien écrit, dans une langue légèrement patinée, comme pour nous replonger dans l’époque.

Pauline Dreyfus, Ce sont des choses qui arrivent, Grasset, 234 p., 18 euros. Sortie le 21 août 2014.

« Elle revient à la question qui l’obsède. Qu’est-ce qui est juif en moi? Se pourrait-il que soit tapi en elle, ayant résisté à son éducation très catholique, un atavisme dont elle ne connaissait pas la cause? Et puis d’abord, c’est quoi, le caractère juif? Elle fouille sa mémoire, interroge les clichés que véhicule ce mot, se rappelle les propos légers tenus dans les salons avant la guerre » p. 139

visuel : couverture du livre

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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