Fictions

Ce que j’ai voulu taire : un inédit de Sándor Márai

Ce que j’ai voulu taire : un inédit de Sándor Márai

30 octobre 2014 | PAR La Rédaction

Rédigé en 1950, publié en 2013, le récit de Sándor Márai a mis plus de 60 ans à parvenir jusqu’à nous. La version que l’on peut découvrir aujourd’hui n’est que quasi-achevée puisque l’auteur pensait y ajouter des chapitres et que certains passages sont raturés. Néanmoins, ce texte nous offre le regard d’un écrivain hongrois, exilé, qui se retourne et constate les ravages des dix dernières années sur son pays.

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marai ce que j'ai voulu taireEssai ou roman autobiographique ? Ce que j’ai voulu taire flotte entre les deux genres. Sándor Márai ne se prétend pas historien, son lecteur est prévenu dès les premières pages. Pourtant, il va faire le récit de 10 années d’histoire mouvementée de la Hongrie. Ses qualités d’écrivain, il les met au service de l’histoire, d’une histoire, de son histoire. Ses réflexions commencent avec l’Anschluss (l’entrée des troupes allemandes en Hongrie) et s’achèvent avec les premières années de la domination communiste et l’exil de l’écrivain. Exil dont il n’est d’ailleurs pas question. L’ouvrage est rédigé en 1949-50, quelques mois après les faits, la blessure est sans doute encore trop douloureuse.
Le livre balance entre essai historique et réflexions intimes de l’auteur. D’une constatation amère sur l’attitude des Hongrois face aux nazis, le récit bascule sur les sentiments déchirants de l’écrivain face à la mort de son fils en bas âge. C’est également le récit d’un intellectuel exilé qui n’a jamais cessé d’aimer son pays. Sándor Márai écrit l’histoire de la Hongrie comme on parle de quelqu’un qu’on aime : parfois trop indulgent, fermant les yeux sur des erreurs, parfois trop sévère, amer.
C’est un texte écrit à vif et l’absence de recul est perceptible. La question de la classe bourgeoise, centrale pour l’écrivain (Les confessions d’un bourgeois, 1934) est ici de nouveau traitée. Par le terme de bourgeois, il désigne les intellectuels humanistes qui selon lui avaient un rôle à jouer dans le monde, qu’ils ont manqué. Dans cette plongée au cœur de ses pensées, l’auteur nous confronte à ses propres contradictions : d’un côté la conscience de l’importance de faire sortir les populations « paysannes » de leur condition, de l’autre la vision de la bourgeoisie comme une masse unique qui serait seule à porter la lourde mission de tirer l’humanité vers le haut.

Sándor Márai, Ce que j’ai voulu taire, trad; Catherine Fay, Editions Albin Michel, 224 p., 18 euros. Novembre 2014.

Cécile Lecan.

visuel : couverture du livre

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La Rédaction

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