Fictions
« Bons baisers de Téhéran », la saga de la Famille Soleyman entre Iran et Etats-Unis

« Bons baisers de Téhéran », la saga de la Famille Soleyman entre Iran et Etats-Unis

20 avril 2015 | PAR Yaël Hirsch

Journaliste et spécialiste d’Histoire politique, Gin B. Nahai livre une somme captivante sur les juifs iraniens. Roman très documenté, ces « Bons Baisers Téhéran » permettent d’en apprendre beaucoup sur la vie des juifs d’Iran, à Téhéran et à LA, avant et après 1979. Un pavé indispensable pour construire ses lectures de l’été.

[rating=4]
bons baisers de téhéranGrand famille juive iranienne, prospère sous l’aile paternaliste su Shah, les Soleyman voient leur réputation et leur destin flancher quand l’un des fils, Raphaël, s’éprends d’une prostituée noire, plus âgées que lui et que, contre l’avis de tous, il l’épouse et fait le choix de la rupture et de la misère à ses côtés. Quand Raphaël meurt, sa femme annonce être enceinte disparaît et revient 13 mois plus tard avec un fils qu’elle dit être un Soleyman. Le grand-frère de Raphaël Aaron, n’entend pas être dupe et tente de se montrer ferme et juste. Ce en quoi il échoue, et la veuve vieille et pauvre jure qu’elle portera malheur au Soleyman. Ce qu’elle semble accomplir, avec la disparition de la famille de Elizabeth, future femme d’Aron le décès de ce dernier, la mort de leur plus jeune fille, Noor, et l’arrivée de Khomeini au pouvoir qui marque la fin d’une ère de paix et de prospérité pour les Soleyman. La jeune veuve Elizabeth quitte l pays avec sa fille survivante, Angela, et peu de biens pour s’installer à Los Angeles… Bien des années plus tard, le fils jamais reconnu de Raphaël Soleyman est reporté mort assassiné, dans sa voiture, devant sa riche villa de LA… Entre les deux dates, la fresque des Soleyman a continué de battre son plein, même en exil.

Jouant avec habileté des flash-backs pour commencer sur une notre de thriller, Bons baisers de Théhéran est un roman faste, bien écrit, très documenté et qui permet de se plonger dans la vision du monde unique et secouée des juifs d’Iran des 50 dernières années. Un monde ou bling-bling californien et aabehroo (honneur) coexistent et où a dignité peut paraître plus froide que la plus fielleuse et meurtrière des rancunes. On se prend de passion pour certains personnages dans un livres où les hommes sont généreux ou fourbes et les femmes intelligentes ou bêtes et où les héros semblent pouvoir passer avec une rapidité surprenante des pires tréfonds de la misère humaine et financières aux sommets du succès. Une seule chose ne se gagne pas à la force du poignet : l’honneur du nom familial, qui se tient droit, tel un mas dans la tempête, sur plusieurs générations. Gin B. Nahai livre une fresque palpitante avec d’autant plus d’habileté que le sujet lui est proche et qu’ele sait s’endétacher assez pour le rendre accessible à tous.

Gina B. Nahai, Bons baisers de Téhéran, trad. Pascale Haas, Préludes, 638 p., 14.90 euros.
« En Orient, c’est ce qui arrive à ceux qui souffrent d’une perte irréversible : ils échangent leur âme contre la carapace d’un corps pour survivre. Il n’y a qu’en Amérique que ce qui ne tue pas rend plus fort » p. 150.

Visuel : Couverture du livre

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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